Les cendres de Beltane crépitent encore des danses du sabbat mystique Combien de nos sœurs brûlées en-corps au cœur de la place publique ?
Patricia Houéfa Grange Tous droits réservés
Pantoun à la mémoire de Chahinez, 31 ans, mère de trois enfants, « brûlée vive en pleine rue par son époux qui venait de lui tirer dessus » Ça s’est passé à Mérignac, en France, le 4 mai 2021…
Photo : Patricia Houéfa Grange Tous droits réservés
Il y a quelques semaines, je suis venue vous présenter ici la nouvelle version de mon projet Métisse. Et alors ? J’ai décidé d’en publier trois extraits, en mise en voix et sons, sur ma page SoundCloud. Ajnabeeya est le premier de ces extraits.
Cela fait deux mois désormais que j’ai replongé, à nouveau avec autant d’affres que de délices, dans l’univers inclassable d’un auteur dont j’avais traduit un premier texte il y a bientôt trois ans. La première fois, il s’agissait d’une nouvelle qui m’a intensément occupée pendant trois mois. Cette fois-ci, c’est ce qu’on peut appeler une novella, à savoir une longue nouvelle ou un roman court. Et cette traduction va m’occuper jusqu’à la fin de l’année. Non pas en raison de son volume, mais des recherches et des soins qu’elle demande. Les mondes traversés ne sont pas les mêmes que lors du premier voyage en traduction, mais le style exigeant, lui, est bien là. C’est, une fois encore, plusieurs voyages dans le voyage, des portes qui s’ouvrent en poupées russes les unes après les autres vers mille et une découvertes, notamment des paysages, folklores et mythologies que je ne connaissais pas vraiment jusque-là. C’est passionnant. Et j’espère que le futur lectorat sera aussi fasciné que la traductrice de ce texte qui a 110 ans cette année. Oui. Et c’est une émotion particulière aussi de traduire un texte aussi millésimé ! Il devrait paraître d’ici le début de l’année prochaine en anthologie ou autre recueil de textes. Je remercie l’éditeur de me faire à nouveau confiance.
L’illustration est de Kazoheen pour une des éditions en langue originale (anglais) de ce récit. Je dois bien dire qu’en le lisant et traduisant, il m’apparaît parfois comme une métaphore du trop-de-bruit du monde actuel…
Pirogue sur la Route des Pêches (Bénin) Patricia Houéfa Grange, 2005 Tous droits réservés
Elle est pas belle la vie ? Volet III
Mythologie des entraves
On ne naît pas libre On marche toute l’éternité de sa vie tel un Atlas sous le poids des attentes de son monde Le poids de leurs yeux celui de leurs mots Le poids de leurs soupirs celui de leurs silences On ne naît pas libre On marche toute l’éternité de sa vie tel un Janus dans le déchirement des tiraillements Entre son cocon et son horizon Entre l’arbre (des affections) et la pirogue (de la réalisation) Entre ceux qui nous ont portés, ceux que nous portons et ce qui nous porte Quand tu cèdes aux injonctions ou aux prières qui parfois n’osent pas dire leur nom portent le masque de Tacite et n’en sont que plus violentes tu berces et endors le python de la culpabilité qui t’enserre les entrailles ouvertes mais tu nourris l’hydre cancéreux des frustrations qui te métastase l’âme à vif Et inversement dans le choix contraire Tu es pour toujours un Prométhée habité de l’ardeur impérieuse qui t’anime les veines dont un aigle-écartèlement revient inlassablement dévorer le foie des douleurs On ne naît pas libre On ne le devient pas En vain tu chausses les sandales ailées Tu ne peux pas disparÊtre On ne vit pas libre
Oui Papa, Oui Maman Oui Maîtresse, Oui Monsieur Bénissez-moi mon Père car j’ai péché Une vingtaine d’années usées à vivre en fonction de règles adoptées sans remise en question depuis des générations de décisions prises en ton nom Et on te faisait miroiter le bel horizon du « Quand tu seras grande, tu feras ce que tu voudras » …
Assis au bord du tabouret de mon existence J’attends J’attends Que passent les heures sur ma journée de travail Que passe l’ennui profond de mes actes sans fond Que passent les années de cette activité consentie Que passe le bus, que passe le tram, que passe le train
Assis au bord du tabouret de mon existence J’attends J’attends Je suis au désespoir Je suis à bout En rien je n’ose plus croire Et je me taillade le pouls
Assis au bord du tabouret de mon existence Je voudrais me lever Je voudrais me camper sur les rails Je voudrais m’inscrire dans ma vie Je voudrais exister et cesser de subir
Mais passe le temps et sonne le glas Mes jours m’échappent Et l’inhumain demeure
Triptyque dessiné Métisse. Et alors ? Patricia Houéfa Grange, 2021 (technique mixte) Tous droits réservés
Il y a un an environ, j’ai entamé la refonte de mon recueil Métisse. Et alors ? initialement publié en auto-edition en 2014. Avec le recueil Ventres, sons creux, c’est mon ouvrage le plus personnel, écrit directement par mes tripes. Mais tandis que la composition de Ventres, sons creux ne bougera désormais plus (car lié à mon non-désir d’enfant qui est immuable), je pense que je revisiterai régulièrement Métisse. Et alors ? qui suit le chemin de ma quête identitaire qui ne s’éteindra qu’avec moi. Nous sommes en perpétuelle mutation, nourrie notamment par les évolutions de notre environnement, notre monde.