J’ai écrit les trois poèmes que je souhaite partager avec vous ce soir alors que j’étais adolescente et que je découvrais l’horreur des conflits et des guerres, notamment avec le génocide au Rwanda et l’arrivée en masse à Cotonou de réfugiés rwandais et zaïrois (aujourd’hui le Zaïre est devenu la République Démocratique du Congo). Mais je les publie ce soir en pensant à la Syrie et à toutes ces images insoutenables, à toutes ces âmes dont on vole l’enfance et la vie …
CLAIR-OBSCUR
Dehors, éclate le tonnerre des armes
Et les éclats de sang
Zèbrent la nuit du néant.
Une flamme de bougie
Dessine un clair-obscur :
Un nouveau-né
Tête avidement
Le sein tari
De sa mère amaigrie.
Dehors, gronde l’orage de la guerre
Tombe la pluie des squelettes.
La bougie lentement fond.
Les bras maternels,
Brins de paille abandonnés
Après la moisson,
Enserrent doucement
Le petit corps fragile.
Dehors, résonnent les coups de pelle
La terre jetée sur les cendres fumantes.
Dans la cire figée,
La flamme tremble et meurt.
Les yeux maternels,
Tendrement fixes,
Demeurent posés
Sur le petit être
A la chair chaude et molle
Qui dort et rêve
Contre la chair froide et raide.
Mariposa, à Cotonou, le 4 mai 1995.
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