A l’origine notre père obscur

Le 26 janvier 2015

A l'origine notre père obscurA l’origine notre père obscur
Kaoutar Harchi
Actes Sud, 2014

Ceci est le dernier livre que j’ai lu en 2014. Je débordais d’envie de vous en parler mais il m’a tellement bouleversée que je ne sais par quel bout le prendre pour vous le présenter ! Je l’ai lu, fébrile et haletante, une première fois. Tout en m’attardant régulièrement sur plusieurs passages. Puis, depuis, je l’ai relu une bonne dizaine de fois ! C’est la première fois que cela m’arrive dans un laps de temps aussi court ! C’est un livre entêtant, qui m’a plongée dans une espèce de transe mêlée d’hypnose !

Il y est question de femmes recluses dans le huis clos d’une maison pour avoir, d’une façon ou d’une autre, sali l’honneur de leur famille. Bien que le mot « clos » ici ne soit pas tout à fait juste. En effet, la porte de la maison n’est pas verrouillée. Il suffirait que ces femmes le décident pour se libérer. Mais elles sont au final, leurs propres bourreaux, à la fois prisonnières et gardiennes du poids des traditions, soumises.

Et parmi ces femmes, deux en particulier, unies par un lien mère-fille à la fois fusionnel et silencieux, empli de non-dits et d’absence. L’histoire d’une femme amoureuse qui s’enlise peu à peu dans la folie et l’histoire de sa fille, amoureuse de sa mère, en manque physique de son père, en manque d’une existence propre. Ce roman est finalement aussi, d’une certaine façon, le récit initiatique de cette fille vers l’âge de l’identité et de l’existence propres, libérée et libre. Libérée du corps de la mère, libérée de l’aura du père, libérée du carcan des traditions, libérée de la « prison du corps », libérée d’une certaine forme de fatalité.

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Paroles de danses-soeurs

Le 24 janvier 2015

23Photo : JP Marcon
Tous droits réservés

Je vous ai parlé de la création « Paroles de danses-soeurs » de la Cie Tchaka, à laquelle je participe, ici et .

Je vous invite à présent à en découvrir un extrait/bande annonce ci-dessous :

N’hésitez pas à la partager autour de vous et à prendre contact avec la Cie Tchaka si vous souhaitez programmer cette création lors d’un évènement que vous organisez.

Un nuage ivre de photos

Le 24 janvier 2015

Un nuage ivre de photosUn nuage ivre de photos
Claire-Lise Coux
Octobre 2014

J’ai beaucoup lu entre la fin de l’année 2014 et le début de l’année 2015. Il y a plusieurs livres qui sont passés de ma pile « en cours de lecture » à ma pile « à chroniquer sur le blog ». Je pensais vous en parler dès début janvier, j’ai pris un peu de retard, mais me voici de retour et je vais donc publier ici plusieurs notes de blog dans les quelques jours à venir.

Commençons donc avec le très bel ouvrage de mon amie Claire-Lise Coux, Un nuage ivre de photos.

Claire-Lise est poète et aime la poésie. Sur son blog, elle partage et fait découvrir des textes du monde entier. Elle a une sensibilité particulière pour la poésie asiatique, la japonaise en particulier avec le haïku, mais elle apprécie aussi le pantoun malais. Ce sont pour moi des poésies de l’essence, qui vont au coeur des choses et/ou du moment, des poésies qui cristallisent un instant, qui élèvent l’infiniment petit à hauteur de l’infiniment grand. Un peu comme la photographie. Il n’est donc pas étonnant que Claire-Lise soit aussi une amoureuse de photographie.

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Prière

Le 20 janvier 2015

une_voltaire

Prière à Dieu

Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps : s’il est permis à de faibles créatures perdues dans l’immensité, et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi qui a tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supporte ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal de t’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l’habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni envier, ni de quoi s’enorgueillir.

Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible ! Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu’à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant.

Voltaire
Traité sur la tolérance, Chapitre XXIII

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Mesure et vigilance

Le 12 janvier 2015

ristelhueber_every-one2.1233501818Source de l’image

Porteurs de cicatrices

Les morts aux visages rompus se redressent
La langue des humiliés se gonfle
Orageuse se lève la marée des victimes

Mais prenez garde porteurs de cicatrices !

Éteignez dans vos chairs les volcans de la haine
Piétinez l’aiguillon et crachez le venin
qui vous apparenteraient un jour aux bourreaux

Étouffez ces clairons ces sonneries
qui forcent la ressemblance
qui commandent le talion

Questionnez vos viscères
Percez vos propres masques

Soyez autres !

Andrée Chedid
In Poèmes pour un texte (1970-1991) © Flammarion 1991, p.119

« Nouveaux bourgeons »

Le 11 janvier 2015

jonquillesPousses de jonquilles dans mon jardin
Mariposa, 11 janvier 2015

Bourgeons de charbon

Les agences d’information

dans toutes les langues du monde

se lamentent sur mon cœur

entièrement carbonisé

dans toutes les langues du monde.

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Se jeter en avant

Le 9 janvier 2015

PignonDessin d’Ernest Pignon-Ernest
Extrait de « Tant de soleils dans le sang » avec André Velter

          Ce soir, je suis soulagée par la fin de cette terrible première semaine de 2015. Soulagée, mais ni apaisée, ni sereine. Trop de morts, trop de gens encore entre la vie et la mort, trop de blessés (physiquement et moralement). Trop de gens morts de l’intérieur …

Ce soir, je suis soulagée qu’on ait mis fin aux actes de folie de ces assassins, êtres perdus, fous et incultes, à l’extrême opposé du message de paix et d’amour de toute religion. Mais je leur en veux aussi d’avoir fait de nous des meurtriers à notre tour, en nous obligeant à planter nos étendards de liberté sur leurs cadavres et dans leur sang.
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Pantouns pour la Liberté

Le 8 janvier 2015

noir

La lumière multicolore du matin d’hiver
dissipe doucement les ténèbres.
Une nuit d’union sacrée après l’enfer
se dresse contre vous, assaillants funèbres !

***

Au clocher de Saint-André,
le glas sonne pour notre Charlie.
Au clocher de la Liberté,
le glas sonne pour vous, ennemis.

Mariposa, Bordeaux, 8 janvier 2015

Debout et libre !

Le 7 janvier 2015

je suis charlie

Liberté

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

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Un oiseau sur la branche

Le 5 janvier 2015

branche a oiseaux

Branches dénudées
habillées
d’oiseaux.

Mariposa, Barsac, 2 janvier 2015