A l’origine notre père obscur
Kaoutar Harchi
Actes Sud, 2014
Ceci est le dernier livre que j’ai lu en 2014. Je débordais d’envie de vous en parler mais il m’a tellement bouleversée que je ne sais par quel bout le prendre pour vous le présenter ! Je l’ai lu, fébrile et haletante, une première fois. Tout en m’attardant régulièrement sur plusieurs passages. Puis, depuis, je l’ai relu une bonne dizaine de fois ! C’est la première fois que cela m’arrive dans un laps de temps aussi court ! C’est un livre entêtant, qui m’a plongée dans une espèce de transe mêlée d’hypnose !
Il y est question de femmes recluses dans le huis clos d’une maison pour avoir, d’une façon ou d’une autre, sali l’honneur de leur famille. Bien que le mot « clos » ici ne soit pas tout à fait juste. En effet, la porte de la maison n’est pas verrouillée. Il suffirait que ces femmes le décident pour se libérer. Mais elles sont au final, leurs propres bourreaux, à la fois prisonnières et gardiennes du poids des traditions, soumises.
Et parmi ces femmes, deux en particulier, unies par un lien mère-fille à la fois fusionnel et silencieux, empli de non-dits et d’absence. L’histoire d’une femme amoureuse qui s’enlise peu à peu dans la folie et l’histoire de sa fille, amoureuse de sa mère, en manque physique de son père, en manque d’une existence propre. Ce roman est finalement aussi, d’une certaine façon, le récit initiatique de cette fille vers l’âge de l’identité et de l’existence propres, libérée et libre. Libérée du corps de la mère, libérée de l’aura du père, libérée du carcan des traditions, libérée de la « prison du corps », libérée d’une certaine forme de fatalité.








