réVULVotion – Paroles de Nymphes

Le 22 novembre 2018

Trio Origines
La généreuse – La secrète – La perle
par Patricia Houéfa Grange
(grès marron – émail chocolat)
Photo prise à En Terre d’Atelier, à la sortie du four

Il y a environ un an, au sein du collectif Révolté-e-s, j’avais exposé pour la première fois mon installation réVULVotion – Paroles de Nymphes dans une première version. Puis j’avais proposé une installation un peu différente, des mêmes pièces, lors de la quatrième édition de Femme, raconte-moi au début de cette année.

Dès ces premières installations, et encouragées par les réactions et échanges suscités, j’ai eu envie « d’augmenter » cette installation, de créer de nouvelles sculptures, dessins et autres éléments.

Entre temps, la Maison des Femmes de Bordeaux m’a proposé de venir exposer à nouveau dans ses murs (j’ai été accueillie à plusieurs reprises dans ce lieu depuis l’année 2009) et d’animer sa soirée de rentrée culturelle 2018. L’occasion était toute trouvée non seulement pour présenter une nouvelle version de cette installation, mais aussi de ma performance Sois Elle et lèvres-toi. Cerise sur le gâteau, la MDF m’a également proposé d’inviter à mon tour ! J’ai donc pu exposer mon installation, entourée des oeuvres de deux belles artistes : Liz Barthel et Elissar Kanso ; et j’ai pu proposer une soirée de performances et de lecture théâtralisée en compagnie de Sophie Alexaline, Virginie Biraud, Aurélie Désert et Aurélie Grange. Ce fut une très belle soirée !

Pour cette nouvelle installation, la note d’intention est restée la même, j’ai simplement ajouté de nouveaux éléments :

L’élément central de cette « augmentation », c’est le trio Origines que j’ai réalisé à l’atelier de céramique. Les premières pièces en céramique que j’avais réalisées l’année dernière étaient directement inspirées du Great Wall of Vagina de Jamie McCartney. Tout en continuant à m’inspirer de cette oeuvre, je souhaitais adopter une nouvelle perspective, un nouveau point de vue. Le trio Origines est donc à la croisée entre le travail de Jamie McCartney et l’Origine du monde de Gustave Courbet. Ce fut un laborieux travail de sculpture, étalé sur près de trois mois parsemés de doutes, d’attente crispée, mais aussi et surtout de grande joie. Voici quelques étapes de cette gestation qui en a fait voir de toutes les couleurs à ces trois petites pièces :

Toute première étape : façonnage brut/définition des formes

Plusieurs séances pour affiner, commencer à travailler sur des détails

Puis, il a fallu vider ces petites choses ! Je ne sais plus combien d’heures/séances il m’a fallu !
Ce fut vraiment l’étape la plus longue et la plus pénible pour moi. En raison de la cambrure très marquée que j’ai adoptée pour ces pièces, il a fallu que je les coupe non seulement aux extrémités, mais aussi en deux pour pouvoir les vider correctement. (Si on ne vide pas les pièces, elles risquent d’exploser à la cuisson)

Photo : Amandine Clerc

Puis il a fallu « recoller » ces pièces à la barbotine et les laisser sécher

Sortie du four après première cuisson

Emaillage

Et sortie du four après deuxième cuisson !

 Au final, l’émail était bien plus sombre que prévu, mais cela me convenait parfaitement !

Pour cette nouvelle installation, j’ai également réalisé un nouveau dessin pour compléter ma série de Femmes-fleurs et j’ai créé des Femmes-coquillages :

Coquelicot par Patricia Houéfa Grange

Coquelicot est une évocation des règles et est directement lié à mon poème Amapolita.

Coquelicot et Femmes-coquillages

Porcelaine par Patricia Houéfa Grange

Triton par Patricia Houéfa Grange

 Il s’est cependant passé une chose étrange, à deux reprises, en cours d’exposition. La Maison des Femmes a subi un dégât des eaux qui n’a, à chaque fois, affecté que mon seul et unique L’hibiscus – Hommage à Gustave Courbet. Voici ce à quoi ressemblait ce dessin au début de l’expo :

L’hibiscus – Hommage à Gustave Courbet par Patricia Houéfa Grange
Tous droits réservés

Le voici, après le premier dégât des eaux. La pluie s’est arrêtée juste aux portes de l’Origine, comme pour saluer ce petit hibiscus fièrement dressé :

Suite aux jolies réactions reçues sur les réseaux sociaux après publication d’une photo de cet incident, j’ai décidé de laisser ce tableau dans l’installation et de le rebaptiser de ce joli titre suggéré par mes amies, Femme-fontaine.

Une semaine après, la pluie a récidivé. L’eau a poursuivi son travail de grignotage, submergeant notre Femme-fontaine, mais laissant, en transparence, notre petit hibiscus toujours bien dressé :

J’ai malgré tout laissé la Femme-fontaine dans l’expo. Mais pour compenser, j’ai réalisé et intégré deux dessins supplémentaires dans l’installation :

Amapolita par Patricia Houéfa Grange

Sèli – Hommage à Gustave Courbet par Patricia Houéfa Grange
(Sèli signifie « le chemin de l’esprit créateur » en langue fon du Bénin et c’est un terme utilisé pour désigner le sexe de la femme, dans un niveau de langue recherché)

Enfin, j’ai eu envie d’intégrer des poupées à ce projet. D’abord parce que j’adore les poupées (d’artiste) et créer sur des poupées, à partir de poupées. Ensuite, en clin d’oeil à ce slogan « On n’est pas des poupées » qui a souvent fleuri et peut encore fleurir lors de manifestations féministes. Bien sûr que nous ne sommes pas des poupées, mais les poupées de ma réVULVotion sont, elles, entièrement articulées et peuvent prendre toutes les positions qu’elles veulent. Et en plus, je les ai dotées de sexes-jardins qui donnent de la voix :

Mes poupettes

Les fleurs en céramique que j’ai créées pour le montage sur les poupettes

Les fleurs origami que j’ai pliées pour le montage sur les poupettes et le décor de l’installation

Voici un petit aperçu de ce que cela donnait dans l’installation :

Photo : Liz Barthel

Photo : Liz Barthel

Les poèmes tracés au feutre rouge (évocation du rouge à lèvres) sur des miroirs, étaient déjà présents dès la toute première version de cette installation. Le miroir étant là pour inviter à (se) regarder différemment, avec bienveillance. Je n’étais pas satisfaite de ma première réalisation. J’en ai fait une autre :

Poèmes sur miroirs

Et voici un petit coup d’oeil sur cette installation dont l’expo vient d’être prolongée jusqu’au 29 novembre :

Je pense que je n’en ai pas fini avec réVULVotion. C’est une installation qui peut subir des mutations à l’infini. Des pièces/éléments peuvent être retiré-e-s, d’autres rajouté-e-s. C’est une oeuvre qui peut s’adapter et se réinventer en fonction des lieux d’exposition.

réVULVotion fait partie d’un projet plus vaste, que j’ai entamé il y a bientôt dix ans, sur le corps des femmes, et dont vous pouvez avoir un aperçu en suivant ce lien et celui-là. Peut-être mettrai-je un point final à cette installation le jour où je mettrai un point final à ce travail plus global.

Encore mille mercis à toutes celles et ceux qui m’ont apporté et m’apportent encore leur soutien sur ce projet et dans tout ce que je fais.

Vous pouvez lire ici l’article de Patricia Cravero, journaliste, au sujet de cette installation et de la soirée de rentrée culturelle à la MDF de Bordeaux.

Et je profite de cette note pour vous informer du fait que la Maison des Femmes de Bordeaux est en danger et relayer cet appel. C’est un lieu important et nécessaire. Merci à toutes et tous pour vos soutiens.



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