Traduire « Blood » – Franchir les frontières

Le 24 février 2017

Il y a presque un an, j’ai reçu un message de Jérôme Bouchaud, de la revue Jentayu, qui m’a permis de réaliser un projet que je caressais depuis plusieurs années, à savoir être publiée en tant que traductrice littéraire.

En effet, cela fait dix ans maintenant que je suis traductrice dans une agence bordelaise. Et si ce poste me permet de traduire un large éventail de documents (commerciaux, juridiques, institutionnels, techniques, etc.), les textes à portée littéraire ou artistique y sont très rares. Du moins dans mes combinaisons linguistiques (principalement anglais et espagnol vers le français).
Or, comme vous le savez, je suis également et avant tout poète. Et je souhaite donc traduire aussi de la poésie et de la littérature. Partager avec un public francophone les coups de cœur que je peux ressentir en lisant des œuvres d’auteurs contemporains d’Amérique latine ou d’Asie par exemple. Cela fait plusieurs années que je traduis notamment, en dilettante, des poèmes de Martha Rivera Garrido (République dominicaine) que je publie ici.

Alors, lorsque Jérôme Bouchaud m’a demandé si cela m’intéresserait de traduire la micronouvelle Passport de l’auteur philippine Noelle Q. de Jesus pour le quatrième numéro de Jentayu ayant pour thème « Cartes et Territoires », vous imaginez bien mon enthousiasme ! D’autant plus qu’à la lecture de ce texte, j’ai immédiatement ressenti des connexions entre l’univers de Noelle et le mien.

Lorsque j’ai accepté de faire cette traduction, j’étais cependant loin de me douter qu’elle allait m’emmener bien au-delà des frontières de ce fascinant Passport.

En effet, au cours du processus de traduction, nous avons beaucoup échangé Noelle et moi. Ces mails ont petit à petit confirmé les liens qui unissent nos mondes. Nous ne sommes pas de la même génération, nous ne sommes pas des mêmes continents, mais nos parcours et expériences de vie se font écho. Et puis, il y a tout ce que nous partageons, charnellement, organiquement, en tant que femmes. Au final, j’ai eu un coup de cœur pour Passport, mais aussi pour son auteur.

Une fois Passport traduit, j’ai fait venir de Singapour Blood, le recueil de nouvelles de Noelle dont Passport est extrait et je l’ai littéralement dévoré. Pour mieux le savourer par petites touches ensuite. Déjà au cours de ma lecture, plus ou moins consciemment, je traduisais Blood. J’imaginais telle ou telle phrase, telle ou telle expression en français. Là encore, les résonances se sont confirmées. Lorsque j’ai reposé Blood sur mes étagères, ma décision était prise. J’allais traduire l’intégralité du recueil. J’en ai immédiatement parlé à Noelle qui a été enchantée par le projet. Elle a communiqué son enthousiasme à Ethos Books, son éditeur. En décembre, j’ai donc signé un accord avec ce dernier pour traduire Blood. Et je suis positivement ravie !

Blood n’a pas encore d’éditeur pour la version française. Je suis sur la fin d’une première phase de traduction du recueil et lorsque cette première phase sera aboutie, je vais commencer à lui chercher une maison française/francophone.
Evidemment, si vous qui me lisez, êtes éditeur et intéressé, ou si vous connaissez un éditeur que ce projet pourrait intéresser, n’hésitez pas à me contacter !

D’ici là, comme j’ai autant de plaisir à traduire Blood que j’en ai eu à le lire, je vais, de temps à autre, partager cette expérience de traduction d’un premier ouvrage avec vous, ici, à travers cette série « Traduire Blood ». Je vous y parlerai de ma démarche, de mon ressenti, des combats contre moi-même pour servir au mieux cette œuvre si réussie ! Je vous dirai aussi que ma motivation principale de traductrice est une motivation de lectrice conquise.

En attendant, je vous invite à découvrir la traduction de Passport dans le numéro 4 « Cartes et Territoires » de la revue Jentayu.

Pour commencer à vous immerger dans mon projet, vous pouvez aussi (re)lire mon entretien avec Noelle Q. de Jesus et ma note de lecture de Blood. Pour entrer davantage dans le monde de Noelle, si vous lisez l’anglais, je vous conseille également cet entretien.

Je vous invite enfin à découvrir la traduction que j’ai faite pour le numéro 5 « Woks et Marmites » de Jentayu, celle d’un poème de spoken word de la poète malaisienne Melizarani T. Selva. Cette fois-ci, c’est moi qui ai proposé ce texte à Jentayu !

Entre temps, j’ai également exploré ma plume de traductrice littéraire sur un autre projet que j’appellerai LCDI pour le moment, pour lequel j’ai été emmenée à traduire du malais, langue que je ne pratique pourtant pas ! Ceci fera l’objet d’une autre petite série sur ce blog !

Avant tout cela, j’avais apporté ma contribution, en tant que traductrice, à l’exposition Procession qui a occupé des salles du CAPC de Bordeaux pendant plusieurs  mois en 2014, sous le commissariat de Julie Maroh et Maya Mihindou. Dans ce cadre, j’avais traduit des témoignages de femmes du projet Women’s Voices de Shimrit Lee.

Mais revenons à Blood !

J’adresse à nouveau mes chaleureux remerciements, du fond du cœur, à Jérôme Bouchaud, à l’équipe de Jentayu, à Noelle Q. de Jesus et à l’équipe d’Ethos Books pour leur confiance. Ethos a qualifié mon entreprise pour cette traduction de « labor of love » (à savoir « œuvre d’amour » ou « travail passionné »). C’est tout à fait cela ! Quelle belle aventure linguistique et humaine !

A très bientôt pour vous parler de la traduction de Blood et de mon entrée dans la voix de Noelle Q. de Jesus.



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