Suite béninoise

Le 4 octobre 2025
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Il y a un an, je venais d’arriver à Cotonou, au Bénin, ma ville de naissance, pour un séjour de trois semaines, dans le cadre de célébrations familiales.
Dès le lendemain de mon arrivée, j’ai écrit un poème. Je ne le savais pas encore, mais c’était le premier d’une série qui s’est poursuivie tout au long de mon séjour et s’est prolongée dans les mois qui ont suivi mon retour à Bordeaux. Un flot, un flux. Alors que toute la famille, venue d’un peu partout était réunie sous le signe de la fête et de la joie, que j’étais heureuse de retrouver ma maison et ma famille, j’étais alors profondément habitée par une sorte de tristesse, de mal-être, presque de malaise, que je ne savais pas expliquer. Je n’ai pas vécu ce séjour avec la plénitude habituelle des autres séjours, même s’il a donné lieu à plusieurs initiations pour moi. J’ai même été malade sur la fin du séjour. Il y a un adage africain, que l’on peut juger éculé, qui dit « Quand tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens ». Je n’avais pas conscience alors que je m’étais perdue, mais ce séjour, à travers cet état singulier qu’il a instillé en moi, a infusé et nourri des prises de conscience qui se sont manifestées de façon explosive dans le courant de l’été dernier. Ce n’est que maintenant, avec le recul, que je parviens à saisir ce qui s’est joué pendant ce séjour et qui a contribué à remettre un Nord à ma boussole.
Je vais (re)travailler cette série de poèmes à partir de l’été prochain. D’autres projets m’occupent actuellement, dont l’urgence m’est plus immédiate. Mais je repense aujourd’hui avec tendresse et gratitude à ces trois semaines dont le poids diffus s’est désormais évaporé.

J’ai salué l’Agodjié (images 1 et 2) ; j’ai invoqué Mamiwata (image 3) ; je me suis recueillie auprès de l’Iroko sacré de la Forêt Sacrée de Kpassè (image 4) puis de l’Arbre du Retour (image 5) ; j’ai accueilli le dieu Dangbé (image 6) (je ne compte plus le nombre de visites au Temple des Pythons depuis mon enfance, mais jamais jusque là je n’avais pu ne serait-ce qu’effleurer un python. Cette fois, j’en ai touché et tenu un dans mes mains. Je n’ai pas encore réussi à le passer autour du cou selon la tradition, mais un pas après l’autre, et ce fut déjà un moment très fort pour moi) ; j’ai pagayé sur le lac Nokoué à Ganvié (vidéo) (là aussi, je suis sortie de ma zone de confort car j’entretiens une relation ambivalente avec l’eau) et j’ai pilé l’igname pour le agou (vidéo).

À chacun de ces gestes, toute mon âme psalmodiait « Voici ta fille, elle est de retour ! »



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