Generations, A Memoir
Lucille Clifton
Préface de Tracy K. Smith
New York Review Books, 2021
(Réédition)
Comme je vous l’ai annoncé ces dernières semaines, notamment ici et là, le 6 juin, arrivera en librairie Générations, Mémoires d’une lignée du Dahomey de Lucille Clifton, dans ma traduction depuis l’anglais (Etats-Unis), aux éditions Les Prouesses.
C’est un projet que j’ai proposé à la maison d’édition et qui me tient donc particulièrement à cœur. Pour célébrer cette belle nouvelle, j’ai décidé de vous proposer une petite série d’articles sur ce blog dans lesquels je vais vous raconter mon histoire avec ce livre et avec son autrice. Commençons par le début : la rencontre !
Il faut remonter à l’année universitaire 2018-2019, alors que je venais de rejoindre Passages, collectif de traduction et de diffusion de textes, fondé en 2006, dirigé par Nicole Ollier, rattaché au laboratoire CLIMAS et à l’Université Bordeaux Montaigne. Nous nous intéressions alors à un corpus de poèmes écrits par des auteurices afro-descendant.e.s des Etats-Unis et des Caraïbes. Lors d’une séance, un poème de Lucille Clifton est passé entre nos mains. Je n’avais jamais entendu parlé d’elle. Mais tandis que nous examinions ses vers, l’une d’entre nous a précisé que cette autrice avait écrit un texte dans lequel elle parlait d’une ancestresse venue du Dahomey. Cela a immédiatement éveillé la curiosité de la Béninoise que je suis et j’ai noté cette information dans un coin de mon esprit. Nous avons discuté et traduit le poème en question, puis nous sommes passés à un autre texte et ne sommes jamais revenus vers Lucille Clifton.
Entre temps, j’avais fait quelques recherches rapides sur la vie et l’oeuvre de Lucille Clifton. Plusieurs éléments avaient attiré mon attention : son immense oeuvre poétique récompensée par de nombreux prix, composée de poèmes brefs, intenses et denses ; les thématiques abordées : la famille, l’histoire des Noirs des Etats-Unis, le corps, le corps noir, le corps noir féminin, la spiritualité et les liens avec les ancêtres, etc. ; ce livre, en prose, Generations, publié chez Random House en 1976, qui raconte l’histoire de ses ascendants en remontant jusqu’à une arrière-arrière-grand-mère qui disait avoir été capturée au Dahomey pour être mise en esclavage en Virginie. Mon intérêt a été immédiatement éveillé. A partir de ce moment-là, dès que j’avais des interstices de disponibilité entre deux projets, j’ai commencé à collecter et lire tous les textes de Lucille Clifton que je pouvais trouver en ligne. Impossible cependant de mettre la main sur Generations qui semblait épuisé, introuvable, à l’exception d’un exemplaire ou deux d’occasion qui surgissaient de temps à autre en ligne, à des tarifs totalement prohibitifs.
Generations, A Memoir
Lucille Clifton
Random House, 1976
(Première édition)
Au début de l’été 2024, je venais de signer le BAT de Comment baise une poète ? que j’avais traduit pour les éditions Les Prouesses. Nous avons discuté des projets de la maison et quand Flora et Zoé m’ont indiqué qu’elles cherchaient le prochain titre de leur collection Mémoires, j’ai eu l’intuition que Generations pourrait peut-être entrer au catalogue de cette maison d’édition. Le livre avait enfin fait l’objet d’une réédition aux Etats-Unis en 2021 et je venais de le commander. Je leur en ai parlé et nous avons convenu d’en rediscuter après ma lecture.
J’ai tout de suite été happée par le récit-témoignage que Lucille Clifton livre dans Generations et par son travail de création littéraire et poétique. J’y reviendrai plus longuement dans une prochaine note.
Toujours est-il que j’ai envoyé un mail-fleuve aux Prouesses pour leur faire part de tout mon enthousiasme concernant cet ouvrage.
Et à la fin de l’été, incroyable mais vrai, pour ma plus grande joie, les droits étaient acquis, le contrat de traduction signé et je m’apprêtas à passer deux merveilleuses saisons en compagnie de Lucille Clifton et de son arbre généalogique. Mon automne 2024 et mon hiver 2024-2025 ont été emmerveillés par cette traversée. Je suis très heureuse de partager bientôt Générations avec vous :
Générations, Mémoires d’une lignée du Dahomey
Lucille Clifton
Préface de Toni Morrison
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Patricia Houéfa Grange
Editions Les Prouesses, 2025
C’est la première fois que cette immense voix de la littérature états-unienne, que cette formidable poétesse, est traduite en français. Je suis heureuse, fière et honorée d’être son ambassadrice auprès du lectorat francophone. J’espère que vous aurez autant d’émotion et de joie à lire ce livre que j’en ai eu à le lire moi-même et à le traduire.
L’intérêt et l’affection des lecteurices pour l’oeuvre de Lucille Clifton n’a pas faibli après sa disparition, bien au contraire. Depuis quelques années, aussi bien aux Etats-Unis qu’ailleurs, il se passe vraiment quelque chose autour de l’oeuvre de Lucille Clifton. Preuve en est la présence nombreuse de ses poèmes sur des blogs et des sites Internet, preuve en est la présence nombreuse de citations extraites de ses poèmes reprises en punchlines sur les réseaux, preuve en est la publication de ce jeu de tarot nourri par ses mots et sa philosophie. Preuve en est également la publication de son oeuvre poétique complète en 2012, deux ans à peine après son décès ; la publication plus récente d’une autre anthologie de sa poésie en 2020 ; la réédition de Generations par NYRB en 2021 (photo d’illustration de cette note ci-dessus) ainsi que la traduction récente de ce même livre en espagnol :
Generaciones
Lucille Clifton
Traduction de Laura Salas Rodríguez
Editorial Tránsito, 2023
L’ensemble de son oeuvre poétique continue d’être portée par son dernier éditeur, BOA Editions. Et celui-ci a également récemment (2024) publié Black Buffalo Woman: An Introduction to the Poetry & Poetics of Lucille Clifton de Kazim Ali, qui analyse l’oeuvre poétique de Clifton.
Enfin, depuis 2020, Sidney Clifton, fille aînée de Lucille et Fred Clifton, et sa fratrie, ont récupéré la maison de leurs parents à Baltimore pour la transformer en espace culturel et lieu d’accueil/résidence pour de jeunes artistes, écrivains, poètes. A la Clifton House la mémoire et l’oeuvre de Lucille Clifton sont régulièrement célébrées.



