A B C d’air gourmand

Le 16 avril 2013

« A B C d’air gourmand »
Létizia Moréteau
Libre Label, 2013

Si vous me lisez depuis quelque temps, vous savez à quel point j’aime associer cuisine et littérature, mots et dégustations, poésie et gourmandise !

En la matière, ce joli recueil alphabétique de « saveurs-émotions » est ma dernière petite découverte. Il parle des sensations gustatives de la façon dont j’aime qu’on en parle, en les alliant à des souvenirs, à des émotions, à l’amour, à l’affection.

Il est écrit avec beaucoup de délicatesse et de tendresse par une Argentine tombée dans la marmite de la langue française quand elle était petite, et qui a choisi la France comme terre de résidence.

Lettre après lettre, elle égrène les sensations et les souvenirs liés à une saveur et nous fait ainsi entrer petit à petit dans l’intimité de son histoire, de sa mémoire.

Mêlant anecdotes, récits poétiques, poèmes et même recettes, il y a là des évocations qui font monter la salive, s’émoustiller les papilles, frissonner la chair, trembler le désir. Mais aussi des réminiscences au goût salé et amer des larmes. Mais aussi les vibrations telluriques de la nature et de la vie qui reprennent toujours le dessus. C’est un livre qui dit en quelque sorte : « mange, vis, aime ! »

Létizia Moréteau
Tous droits réservés

Quelques extraits :

En exergue :

« MANGER c’est intégrer.
Ontologiquement, c’est intégrer la totalité des énergies divines qui, sous le symbole de l’herbe et du fruit – prémices du pain et du vin – sont dans la Genèse la nourriture de l’Adam. Chanter la gloire divine est nourriture. Aimer est nourriture. Vivre de beauté est nourriture. »

Annick de Souzenelle, Le Symbolisme du Corps Humain

A comme Arbouse

Maryse, les arbouses !
Là, tout près de moi,
Elles ont mis leur robe rouge
Et toi, tu t’en vas …

Là, tout près de moi,
L’automne rit poudré de lumière
Et toi, tu t’en vas …
Dis aux margouillats des prières

L’automne rit poudré de lumière
Moi, j’ai le coeur qui mousse
Dis aux margouillats des prières,
Les rimes et les chansons douces

Moi, j’ai le coeur qui mousse …
Les arbouses, c’était toi, Maryse,
Les rimes et les chansons douces
De notre amitié buissonnière

Les arbouses, c’était toi, Maryse,
La dou-soeur de ma France à moi,
De notre amitié buissonnière
Ma Maryse amie des margouillats

La dou-soeur de ma France à moi
Tu es là-bas, j’ai le coeur arbouse,
Ma Maryse amie des margouillats,
Au pays vanille et pamplemousse

Tu es là-bas, j’ai le coeur arbouse
Ici, l’automne rit et pleure à la fois
Je suis jalouse du pays pamplemousse
Où le soleil est roi parce qu’il y a toi.

F comme Farine

Divine, la fée farine
Etale ses voiles
En pluie fine

La blanche présence
Illumine la nuit
Du boulanger qui rit

… et éternue !
(car allergique à la poudre magique)
Il y a des amours qui tuent.

P comme Pomme

Crunch ! Les dents mordent dans la chair du fruit et le jus vous envahit la bouche, étanche votre soif tandis qu’un parfum de verger monte au nez, se répand dans votre palais, et prend possession de tout votre circuit d’assimilation. Vous mâchez, vous avalez et la fraîcheur acidulée vous comble d’aise. Sans doute sollicitée par tous ces bruits incisifs de morsure et déglutition, l’attention de mon compagnon s’était détournée de la carte routière et s’était portée vers la pomme que j’avais dans la main et qu’il prit. Il prit ma main avec la pomme dedans et la porta à sa bouche à lui et CRUNCH !  de toutes ses dents belles et fortes, il croquait dans la plaie que mes propres dents avaient infligée à la pulpe un peu avant, tandis que de sa langue, il léchait mes doigts. Le jus faisait briller ses lèvres et les miennes, débordait un peu de la cavité buccale et c’était comme un aimait qui nous attirait et nous nous sommes retrouvés bouche dans la bouche croquant la même pomme à l’unisson dans un baiser partageur, voleur et nourrissant à la fois. Il faisait tout comme ça, cet homme.
(…)
On ne pense pas à la mort en croquant une pomme porteuse de tant de vie. (…)
Elle brille comme un soleil vert dans ma mémoire et je lui rends hommage à elle, rien qu’à elle, ma préférée, mon acidulée, ma ronde, ma sensuelle, ma savoureuse, ma tentation, ma joie, ma détresse.

***

Si vous aimez la « cuisine littéraire », voici entre autres, quelques articles liés à ce thème publiés ici :

La colère des aubergines
Soulfood équatoriale
Cuisine littéraire : « 1Q84 » se mange aussi !



4 grains de pollen to “A B C d’air gourmand”

  1. Monique dit :

    Merci pour les petites bouchées que tu nous donnes à goûter, Patricia. Je vais certainement m’offrir cette gourmandise.
    J’ai énormément apprécié aussi « La colère des aubergines ». Et dans la même veine de « cuisine littéraire », connais-tu « A l’étouffée » de Claire Blanchard-Thomaset aux éditions L’iroli? Un vrai régal aussi.

    • Mariposa dit :

      Merci Monique. J’ai vu ce titre dans le catalogue de L’iroli, mais je ne l’ai pas encore lu. Il fait partie de mon immense pile virtuelle d’ouvrages à lire !!!

  2. KATE dit :

    Cet article me rappelle un joli proverbe allemand :
    Die Liebe geht durch den Magen!
    L’amour passe par l’estomac…
    Ou encore cette citation
    Cuisiner suppose une tête légère, un esprit généreux et un coeur large.
    de Paul Gauguin
    Alors bon appétit! Merci pour cet article
    Kate

    • Mariposa dit :

      Merci à vous Kate pour votre passage ici. En France, on dit souvent que « le chemin du coeur d’un homme passe par son estomac » !!! Ce qui rejoint le proverbe allemand que vous citez !
      Je ne connaissais pas la citation de Paul Gauguin, merci de l’avoir partagée.
      Et oui, la cuisine, la confection comme la dégustation des plats, sont étroitement liées à l’amour, à la tendresse et à l’affection.

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