Soulfood équatoriale

Le 20 novembre 2011

  « Tout est dans la forme de la pierre à écraser. Dans son crissement régulier. Dans les parfums qui se sont imprimés en elle au fil des ans. Mon âme se repaît de ces souvenirs, tandis que j’apprête, sur le plan de travail, près de la pierre, les minuscules crevettes séchées et le gingembre frais.

Les saveurs viennent aussi de cette pierre et de son galet, ramassés sur le rivage. J’aime passer la main dessus avant de commencer. Toucher ma terre. Sentir que l’océan qui nous sépare ne sera jamais qu’une fiction.

La terre est en moi. C’est elle que je caresse du plat de la main. C’est elle qui roule doucement sous mon impulsion. »

Tout est dit dans cet extrait du texte d’introduction (« Pierre à écraser ») de ce recueil qui en compte 13.

Dans cet ouvrage, Léonora Miano, écrivain afropéenne comme elle se décrit elle-même, d’origine camerounaise, raconte ses souvenirs d’enfance à travers la préparation et la dégustation de certains plats.

Ceux qui me connaissent et me suivent depuis un moment savent que cela me parle forcément. Les plats et les repas sont pour moi intimement liés à l’enfance et aux liens tissés avec les femmes de ma famille. De plus, étant moi-même née et ayant grandi au Bénin, tous les textes de ce recueil ont trouvé résonance en moi. La pierre à écraser on l’utilise aussi chez nous, ainsi que la poudre de crevettes séchées et le gingembre frais, tout comme le gombo et la gari également évoqués dans ce recueil. J’ai donc passé de très bons moments de lecture avec ce recueil. Mais les textes de Léonora Miano ne parlent évidemment pas que de nourriture, ils vont bien au-delà …

L’auteure parle énormément de sa culture, de la genèse de son peuple, de ce que celui-ci doit à l’eau, les légendes et les traditions sont intimement liées aux plats. Elle évoque aussi certaines caractéristiques ou problèmes de son pays, qui sont également communs à plusieurs pays africains, dont le mien, le Bénin : enfants de la rue, albinisme, la radio trottoir, les grands repas de famille où on ne connaît pas tout le monde, etc. Léonora Miano dit également que la nourriture est aussi métissage et ouverture, ce que véhicule bien le mot « soulfood » lié à l’esclavage également évoqué dans l’ouvrage.

Voici mon extrait préféré :

« La civilisation est d’abord dans l’assiette !

Lorsque les crabes achetés vivants tomberont dans la casserole où tout le reste aura achevé de cuire, je sais que je ferai plus qu’assouvir une simple fringale en m’asseyant à table. Je prendrai tout mon sens. »

« Soulfood équatoriale »

Léonora Miano

NiL Editions
Collection Exquis d’écrivains
2009

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