J’ai encore été happée et retournée par Clémentine Beauvais !
Il y a 4 ans, j’avais fondu pour Décomposée, son en-vers dé-composé de la Charogne de Baudelaire publié dans la collection L’Iconopop des Éditions de L’Iconoclaste. J’en avais parlé sur mon blog ici :


L’aura de Baudelaire imprègne également cet ouvrage (qui est antérieur à Décomposée) à travers notamment son titre, Songe à la douceur et la citation mise en exergue, tirés du si célèbre L’invitation au voyage. Mais ce roman en vers libre est, lui, une réécriture, une adaptation du roman Eugène Onéguine d’Alexandre Pouchkine ainsi que de l’opéra qu’il a inspiré à Piotr Ilitch Tchaïkovski. Je n’ai pas lu l’oeuvre d’origine, je peux simplement constater que Songe à la douceur et Eugène Onéguine sont tous deux construits en 8 chapitres. Cela ne m’a pas empêchée d’éprouver le même ravissement que lorsque j’ai lu Décomposée ! J’ai voulu tout à la fois dévorer le livre et étirer la lecture. J’en ai savouré les images délicates, frappantes et/ou d’une grande originalité (mais où va-t-elle les chercher ?), les mots désuets, recherchés, qui entrent en collision avec un langage plus actuel, la fraîcheur, la grande liberté, l’humour et l’émotion. Le passé simple et tous les temps surannés qu’il appelle ont un charme très contemporain sous la plume de Beauvais.
Et que dire des jolis exercices de style dans la composition graphique !



Le roman raconte une histoire d’amour, mais il est en lui-même, dans son fond et dans sa forme, une déclaration d’amour à la littérature, à la poésie et aux arts.
Le roman raconte une histoire d’amour en en décortiquant toutes les étapes pour chacun des personnages qui présentent tous des aspérités attachantes, y compris cette voix narratrice qui ne reste pas en surplomb, mais dialogue aussi bien avec les lecteurices que les personnages !
J’ai retraversé toute l’intensité des premiers émois adolescents, j’ai rêvé de béatitude éternelle pendant quelques pages, mais j’ai aussi grandement apprécié que l’autrice ne nous prenne pas pour des quiches et que la fin reste aussi douce-amère que réaliste, je ne divulgâcherai cependant pas ! Tout comme pour Décomposée, je pense que je vais mettre quelques jours à totalement revenir de cette réjouissante merveille. Pour le moment, je flotte avec volupté dans la khandra, le spleen quoi.
Songe à la douceur de Clémentine Beauvais, a été initialement publié chez Éditions Sarbacane en 2016. Je l’ai lu en version poche, parue chez Points Seuil.
L’autrice présente son livre sur son site ici.
