Chahuts 2017 – L’oeil de ma rivale

Le 17 juin 2017

Batik, wax, lessi, acho oké,
un motif, mille couleurs.
Etoffes et parures par milliers
une seule ravit mon coeur.

Patricia Houéfa Grange
Extrait de Pantouns & autres poèmes du retour
Tous droits réservés

Une des programmations de cette édition 2017 du festival Chahuts a particulièrement retenu mon attention. Il s’agit d’une oeuvre photographique et théâtrale réalisée par la Compagnie Ola, sous la direction d’Anne-Cécile Paredes. Elle s’intitule L’oeil de ma rivale et est centrée sur le langage des pagnes. En voici la présentation :

Source de l’image

« L’oeil de ma rivale est une série de photos mises en scène qui propose une forme de lexique, de dictionnaire des pagnes africains. « L’oeil de ma rivale » est l’un des noms de pagnes avec lequel la femme envoie un message à sa rivale : « Tu auras fort à faire avec moi ». Elle fera tout pour protéger son foyer.
Manière drôle et décalée de parler de notre rapport au voyage, ce projet questionne nos pratiques touristiques et consuméristes, nos représentations de la culture de l’autre et permet de découvrir des langages très différents de ceux de notre société occidentale ».

Cet après-midi, je suis allée visiter l’expo installée dans la très belle Chapelle du CROUS, accompagnée d’une pièce de théâtre sonore, « Petit dictionnaire de pagnes pour le futur voyageur en Afrique », réalisée en complicité avec le groupe bordelais Les Pagneuses.

Je suis depuis toujours une grande amoureuse des pagnes et autres tissus africains qui m’ont habillée dès ma plus tendre enfance. Je suis fascinée par les messages que certains d’entrent eux véhiculent (comme les coiffures et tresses traditionnelles) depuis que je sais que leurs motifs vont parfois au-delà de la simple esthétique.

Je partage donc avec vous quelques photos de cette exposition en m’excusant de leur piètre qualité et de tous les reflets. J’avais oublié de prendre mon appareil photo et j’ai fait avec mon téléphone portable. J’espère que vous apprécierez malgré tout. Sachant que rien ne remplacera jamais le fait de voir les originaux.

Pagne « Yeux voient, bouche ne parle pas »
Photo : Mariposa

Une invitation à la discrétion, à tourner sept fois la langue dans sa bouche avant de parler.

Pour mieux voir le motif (coloris différent) :

Pagne « Mon mari est capable »
Photo : Mariposa

Photo : Anne-Cécile Paredes
Tous droits réservés

La femme qui porte ce pagne se vante non seulement d’avoir un mari qui l’apprécie, mais qui a les moyens de lui témoigner son affection.

Pour mieux voir le motif :

Pagne « Génito »
Photo : Mariposa

Robe « Génito » dans l’expo
Photo : Mariposa

Dans le parler ivoirien, un « génito » est un jeune homme séduisant, souvent plus jeune qu’elle, qu’une femme se choisit pour « le choc » (l’amour/le sexe). Il s’oppose au « grotto », homme plus âgé, ayant une bonne situation, qu’elle courtise pour « le chèque » (l’argent). En portant « génito », une femme affiche non seulement sa recherche, mais le fait qu’elle a les moyens de payer si nécessaire.

Pagne « Tu sors, je sors »
Photo : Mariposa

Je précise que les vitraux qui semblent figurer sur la photo ne sont que le reflet de ceux bien présents dans la Chapelle où l’exposition était installée. C’est la photo présentant ma mise en scène préférée et je suis vraiment désolée de ne pas avoir pu la capter de façon satisfaisante.

Robe « Tu sors, je sors » dans l’expo
Photo : Mariposa

En portant ce pagne, une femme indique à son mari (mais aussi à ses éventuelles rivales) qu’elle l’a à l’oeil et qu’elle le suivra partout où il ira. Ceci évidemment pour l’empêcher de la tromper (« d’avoir un deuxième bureau » comme on dit en Afrique de l’Ouest).

Pour mieux voir le motif (coloris différent) :

Pagne « L’oeil de ma rivale »
Photo : Mariposa

J’ai beaucoup aimé cette mise en scène aussi. Et je suis également désolée de ne pas avoir pu mieux la capter.

Robe « L »oeil de ma rivale » dans l’expo
Photo : Mariposa

Robe « L’oeil de ma rivale » dans l’expo
Photo : Mariposa

En portant ce pagne, une femme envoie un sévère avertissement à toutes ses rivales potentielles ou avérées. Elle leur indique qu’elle ne se laissera pas faire et qu’elle fera tout pour protéger son foyer.

Pour mieux voir le motif :

Pagne « Feuille de gombo »
Photo : Mariposa

En portant ce pagne, une femme indique que grâce à son travail et à ses économies, elle a désormais les moyens de vivre aisément.

Pour mieux voir le motif :

Pagne « Chaise du roi »
Photo : Mariposa

Robe « Chaise du roi » dans l’expo
Photo : Mariposa

Pagne habituellement réservé aux hommes, notamment aux chefs de famille/clan/village. En portant ce pagne, une femme indique qu’elle aussi peut prendre le pouvoir !

J’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir cette oeuvre collective pleine d’humour. L’édition 2017 de Chahuts a désormais fermé ses portes, mais j’espère que L’oeil de ma rivale sera à nouveau exposé à d’autres occasions à Bordeaux et ailleurs.
Ce serait également sympathique d’en faire un petit livret. Les mises en scène photographiques sont si belles, et les textes de la pièce sonore sont si savoureux !

Pour poursuivre la découverte du langage du pagne/wax, je vous invite à tourner les pages du carnet de voyage de Bastien Dubois en Côte d’Ivoire :

Et enfin, je vous laisse faire connaissance avec le groupe Les Pagneuses. Certaines d’entre elles apparaissent sur les photos de cette oeuvre. Elles prêtent leurs voix à la pièce sonore qui l’accompagne. Je vous invite à découvrir ici le travail de théâtre social qu’elles mènent à Bordeaux :

 

 



Envoyer un grain de pollen