(Re)Lire Colette pour rester en « Enfances » | Papillons de mots

(Re)Lire Colette pour rester en « Enfances »

Le 3 mars 2012

Photo par Mariposa

Cette année, j’ai décidé de (re)lire des classiques. Et comme le Printemps des Poètes nous invite à retomber en « Enfances », j’ai choisi de commencer par Colette dont j’avais lu la série des Claudine quand j’avais entre 11 et 13 ans. J’avais été très remuée et émue par certains d’entre eux. Je me rappelle de moments de lecture passionnés.

Alors, quand j’ai vu que chez France Loisirs, ils avaient eu la bonne idée de rassembler plusieurs romans et nouvelles de cette grande dame, féministe et avant-gardiste, en un seul ouvrage, je n’ai pas hésité.

L’ouvrage s’ouvre sur « La maison de Claudine » qui m’a rappelé des tas de souvenirs et en a fait naître de nouveaux. Maintenant que j’ai un chat et qu’en plus j’observe ceux du voisinage, je les retrouve tous sous la patte de Colette lorsqu’elle raconte des histoires de petits félins !

En ce moment, je découvre avec tendresse « La naissance du jour ».

Instants de lecture choisis :

« Une odeur de gazon écrasé traîne sur la pelouse, non fauchée, épaisse, que les jeux, comme une lourde grêle, ont versée en tous sens. Des petits talons furieux ont fouillé les allées, rejeté le gravier sur les plates-bandes ; une corde à sauter pend au bras de la pompe ; les assiettes d’un ménage de poupée, grandes comme des marguerites, étoilent l’herbe ; un long miaulement ennuyé annonce la fin du jour, l’éveil des chats, l’approche du dîner. »
Extrait de La Petite dans La Maison de Claudine

« Mais à seize ans, revenant en Puisaye après une quinzaine de théâtres, de musées, de magasins, je rapporte, parmi des souvenirs de coquetterie, de gourmandise, mêlés à des regrets, à des espoirs, à des mépris aussi fougueux, aussi candides et dégingandés que moi-même, l’étonnement, l’aversion mélancolique de ce que je nommais les maisons sans bêtes. Ces cubes sans jardins, ces logis sans fleurs où nul chat ne miaule derrière la porte de la salle à manger, où l’on n’écrase pas, devant la cheminée, un coin du chien traînant comme un tapis, ces appartements privés d’esprits familiers, où la main, en quête de cordiale caresse, se heurte au marbre, au bois, au velours inanimés, je les quittai avec des sens affamés, le besoin véhément de toucher, vivantes, des toisons ou de feuilles, des plumes tièdes, l’émouvante humidité des fleurs … »
Extrait de Ma mère et les bêtes dans La Maison de Claudine

« A genoux, je ramassais les fagotins d’abricotiers, étoilés de fleurs. Comme par jeu, Mélie me fit « hou ! » et me jeta son tablier sur la tête, m’ensacha, me roula tendrement. Je riais, je me faisais petite et sotte, avec bonheur. Mais l’air me manqua, et je surgis si brusquement que Milien et Marie-la-Rose, qui s’embrassaient, n’eurent pas le temps de se séparer, ni Mélie de me cacher sa figure de complice …
Claquement des sécateurs, sec dialogue d’oiseaux à bec dur … Ils parlent d’éclosion, de soleil précoce, de brûlure au front, d’ombre froide, de répugnance qui s’ignore, de confiance enfantine qu’on trompa, de suspicion, de chagrin rêveur … »
Extrait de Printemps Passé dans La Maison de Claudine

Voilà, je vous laisse avec ces parfums aigres-doux d’enfance ainsi que cette jolie petite chanson, façon musette d’après guerre, dont les paroles ont été écrites par mon amie Anick Baulard. Je trouve qu’elle va bien avec la lecture des textes de Colette. Et elle parle d’enfance ..



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