Papillons de mots

J’ai lu « Mamie Blouse » de Lucie Lelong

Il y a trois semaines, j’ai passé une bonne partie de mon week-end à lire « Mamie Blouse » de mon amie Lucie Lelong, récit que j’ai eu bien du mal à lâcher ! Il m’a fait l’effet des bonbons acidulés de l’enfance. J’ai ri, j’ai pleuré (d’émotion et de rage), je me suis révoltée, j’ai eu le ventre retourné, et puis j’ai goûté la réassurance des lignées sororales et j’ai souri sereine. C’était aigre-doux, doux-amer, un peu piquant et profondément tendre.

Dans ce livre, Lucie raconte l’histoire d’Elise, Elisa, Eloisa, sa grand-mère, qui a fui l’Espagne en 1936, avec sa mère et ses frères, lors de la Retirada. Le récit commence avec la célébration des quatre-vingt-dix ans de l’aïeule bien-aimée, pilier de l’autrice et de sa famille. Puis, par petites touches, par petits motifs (chansons, savonnette, blouse, chaussures, objets religieux, etc.), les mots de la petite Lucie déploient le portait kaléidoscopique de l’héroïne de cette histoire. Enfin, la fillette se penche sur les photos qui accompagnent la grand-mère, celles qui sont exposées sur un mur, et celles qui sommeillent dans les albums. Et petit à petit, une fois surmontées la pudeur première, ainsi que la hantise de replonger dans des heures douloureusement enfouies de son parcours, la femme aux trois prénoms (et même quatre !) raconte.

Et dans la voix de Lucie, à ses différents âges, on écoute le récit d’Elise-Elisa-Eloisa à ses différents âges aussi.
Je pensais lire le récit de la traversée de l’Espagne, de l’arrivée en France et de la vie à y réinventer. Et j’ai effectivement lu cette histoire-là. L’épopée éprouvante de trois enfants démunis, qui a duré trois ans, et qui a été parsemée de deuils. Au départ, Elise n’avait que trois ans.
Mais j’ai aussi lu l’histoire d’une frêle enfante, d’une fillette et d’une passée-violemment-et-sans-transition de jeune fille à femme. Et cette phrase, qui apparaît en quatrième de couverture de l’ouvrage, a pris tout son sens :
« Je savais que Mamie se protégeait, qu’elle luttait, mais je ne savais pas contre quoi ».
Je ne vais pas tout révéler ici, mais « Mamie Blouse » est d’abord et avant tout pour moi, le récit d’une femme qui a traversé non seulement les violences de l’Histoire, mais aussi celles du patriarcat, l’horreur des violences sexistes et sexuelles, l’abomination des violences familiales. Elle a traversé tout cela, en s’appuyant sur sa foi en Dieu et en la vie. Puis, d’une certaine manière, elle s’est rebellée. Elle a repris possession de son corps, de sa vie, et elle a quitté le silence.
« Mamie Blouse » est enfin le récit de la belle relation qui unit Elise et Lucie, qui avancent ensemble, chacune sur son chemin, tout au long de cette histoire et ne se lâchent jamais la main.

J’ai beaucoup apprécié la façon dont Lucie a construit son récit, de façon non-linéaire, en partageant peu à peu avec nous des pièces du puzzle. Elle a trouvé le bon ton pour chacun de ces fragments, en particulier les plus durs, les plus difficiles, en embrassant avec tendresse la pudeur de sa grand-mère. J’ai adoré la sensation d’espièglerie qui traverse les souvenirs d’enfance, tout en s’autorisant le passé simple et l’imparfait du subjonctif. Il y a aussi tous les sourires et les rires que l’on devine et que l’on entend même ! La complicité indéfectible pleine d’amour entre ces deux femmes-là !

Merci Lucie y gracias Eloisa!

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« Mamie Blouse » de Lucie Lelong a paru aux éditions Pélagie, en octobre 2025.

Avant cela, Lucie avait publié « Eh ventre ! », formidable monologue poétique paru aux éditions Sterenn en septembre 2023.
Je vous le recommande vivement aussi !

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