
Depuis quelques semaines, de temps à autre, je picore les textes publiés dans le numéro 3 de la Revue Jentayu autour du thème « Dieux et Démons ».
Il y a une dizaine de jours, j’avais lu la nouvelle-légende Le fantôme de la mangrove (auteur : Li Ang – Taïwan) qui m’avait beaucoup fait penser à la légende mexicaine de la Llorona, mais aussi à la déesse vaudou de l’eau Mamiwata (Yémandja) et à tous les mythes autour des dames « blanches » que l’on croise un peu partout, comme celui des lavandières de nuit. C’est fou comme des cultures aussi différentes peuvent être réunies par des croyances sensiblement jumelles.
pour Le vieux ficus dans la Revue Jentayu
Le week-end dernier, j’ai lu la nouvelle Le vieux ficus (auteur : M. Shoim Anwar – Indonésie) et je me suis à nouveau retrouvée sous les ombrages de trois continents, de façon très vertigineuse, tant il y avait d’échos !
Le récit en lui-même est extrêmement proche de celui de la nouvelle L’arbre fétiche de l’auteur béninois Jean Pliya, mettant en scène un iroko. Et la description de ce vieux ficus m’a ramenée plus de dix ans en arrière, dans les vallées centrales mexicaines, au pied de l’Ahuehuete de Tule, vénérable et majestueux cyprès …
Dans Le vieux ficus, un responsable des travaux public doit trouver une solution pour abattre un très vieux ficus, faisant l’objet de croyances profondément enracinées, mais pouvant s’effondrer à tout moment sur les passants et les véhicules traversant le carrefour où il a décidé de pousser et de s’établir.
Dans L’Arbre fétiche, un jeune responsable municipal souhaite abattre un magnifique iroko qui gêne les travaux de traçage d’une nouvelle route, mais doit pour cela faire face à l’opposition de la population et des ouvriers qu’ils chargent de l’abattage, qui sont persuadés que cet iroko est un arbre fétiche.
de Kpassê à Ouidah (Bénin)
Source de l’image
Dans les deux cas, les croyances disent que quiconque abattra l’arbre subira de funestes représailles.
Dans les deux cas, il s’agit aussi de récits métaphoriques symbolisant la nouvelle génération affrontant l’ancienne, la modernité se confrontant à la tradition.
Photo : Patricia Houéfa Grange
Quant à la description que l’auteur fait de ce superbe ficus, elle m’a fait frissonner à plusieurs reprises. Entre les branches de ce dernier, j’ai ressenti l’aura de l’arbre de Tule, rencontré autrefois sur mes chemins mexicains.
L’auteur indique qu’il « fallait une ronde de huit personnes pour parvenir à entourer » le vieux ficus. Il en faut une de quarante personnes pour entourer l’Ahuehuete de Tule. L’auteur dit aussi que « L’écorce était fissurée en plusieurs endroits, formant des trous dans lesquels s’étaient nichées toutes sortes de bêtes. » L’Ahuehuete de Tule est lui également surnommé « arbol de vida » (« arbre de vie ») car on peut imaginer de nombreuses silhouettes animales dans son tronc noueux.
Enfin, l’arbre de Tule pousse sur un site sacré, ce qui le relie ainsi aussi bien au vieux ficus qu’à l’iroko.
Voilà. Cette lecture fut donc un joli vertige arboricole. J’ai écrit un poème à l’iroko sacré de la Forêt de Kpassê au Bénin et un autre pour l’Ahuehuete de Tule. Tous deux se trouvent dans mon recueil « Paroles arboricoles – Poèmes animistes » aujourd’hui épuisé. Je pense éditer, dans les années à venir, un autre ouvrage sur les arbres car ils ne cessent de m’inspirer. Peut-être accueillera-t-il un ficus en son sein ?