
Exposition d’été 2015 de l’Opéra de Bordeaux
« Mon coeur est une penderie dans laquelle tous les costumes de mes personnages sont accrochés »
Simone Signoret
Vendredi dernier, je suis allée visiter l’exposition d’été de l’Opéra Grand-Théâtre de Bordeaux : Plus que parfaits – Corps augmentés en scène. Cette exposition présente les divers artifices qui permettent de modifier, sculpter, modeler et habiller le corps des interprètes des opéras et ballets (perruque, postiche, faux-cul, crinoline, tournure, fausses hanches, vertugadin, faux ventre, robes, kimonos et autres costumes et accessoires) afin de les faire correspondre au mieux à leur personnage. Elle montre ainsi comment, à travers les époques et les modes, le corps a été/est augmenté ou comprimé pour passer du corps naturel de l’artiste au corps culturel du personnage. Elle offre un voyage dans le travail de création et d’artisanat délicat et minutieux des costumiers, mais aussi une balade socio-anthropologique dans notre relation au corps et au vêtement.
En déambulant dans les magnifiques salons de l’Opéra, on prend très vite conscience que les costumes sont des personnages à part entière de l’oeuvre, même s’ils paraissent morts ou fantomatiques ainsi posés sur des mannequins, on se surprend parfois à sursauter en les imaginant se mettre en mouvement …
Photo : Patricia Grange, tous droits réservés
Photo : Patricia Grange, tous droits réservés
Cette perruque à bateau m’a rappelé le passage d’un ouvrage lu et relu dans mon enfance, qui appartenait à ma mère, dont l’univers et les illustrations me fascinaient, « Sophie Patte-en-l’air » de Marie-Louise Ventteclaye.
« Oui, l’habit ça flatte toujours ; et ce n’est pas moi qui suis élégant, c’est mon costume. »
Marcel Pagnol, Fanny.
Photo : Patricia Grange, tous droits réservés
Photo : Patricia Grange, tous droits réservés
Photo : Patricia Grange, tous droits réservés
« Le costume est toujours un moment hyper important dans la construction d’un personnage. »
Romane Bohringer, Evene, Mai 2006
Corps sans visage …
Photo : Patricia Grange, tous droits réservés
Photo : Patricia Grange, tous droits réservés
Photo : Patricia Grange, tous droits réservés
Photo : Patricia Grange, tous droits réservés
Faux tatouages, vrais kimonos, faux yakuzas …
Porter les dessous dessus
Sur la robe elle a un corps
Blaise Cendrars
Le corps de la femme est aussi bosselé que mon crâne
Glorieuse
Si tu t’incarnes avec esprit
Les couturiers font un sot métier
Autant que la phrénologie (1)
Mes yeux sont des kilos qui pèsent le sensualité des femmes
Tout ce qui fuit, saille avance dans la profondeur
Les étoiles creusent le ciel
Les couleurs déshabillent
« Sur la robe elle a un corps »
Sous les bras des bruyères mains lunules et pistils quand les eaux se
déversent dans le dos avec les omoplates glauques
Le ventre un disque qui bouge
La double coque des seins passe sous le pont des arcs-en-ciel
Ventre
Disque
Soleil
Les cris perpendiculaires des couleurs tombent sur les cuisses
Il y a des mains qui se tendent
Il y a dans la traîne la bête tous les yeux toutes les fanfares tous les
habitués du bal Bullier (2)
Et sur la hanche
La signature du poète
(1) théorie selon laquelle les bosses du crâne reflètent le caractère
(2) bal célèbre pour ses soirées dansantes de 1850 à 1940
« On finit toujours par se mouler dans les costumes que les autres nous taillent. »
André Brink, Le vallon du diable
En imposer …
Vous pouvez encore aller voir cette expo cette après-midi, c’est le dernier jour. Sinon, j’espère que cette petite promenade photo-littéraire vous consolera.
« Qui sommes-nous quand nous ne sommes plus rien, une fois tous les costumes et les masques enlevés ? »
Pauline Harvey, Un homme est une valse