10 mai 20 – Negra soy!

Le 10 mai 2020
Porte du Non Retour – Ouidah Bénin 2005

10 mai. Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions.
C’est en cette journée symbolique que j’ai décidé de vous (re)parler d’un projet développé entre l’été et l’automne derniers, à l’invitation de la Macla, et en particulier de Cesar-Octavio Santa Cruz, dans le cadre de la Quinzaine de l’Égalité organisée par Bordeaux Métropole.

Je vous avais présenté ce projet ici et , mais, pour rappel, il s’agissait de la traduction/adaptation en français (depuis l’espagnol) et mise en voix du poème emblématique Me gritaron: ¡Negra ! de Victoria Santa Cruz, poétesse afro-péruvienne.

Dans ce poème, elle évoque le recours au défrisage puis le retour au cheveu naturel, métaphore de la redécouverte et de l’acceptation de soi, à travers la réappropriation d’un terme qui lui avait été jeté au visage comme une insulte : Negra. Ce terme sous le poids duquel elle s’affaisse et qui l’accable avec le temps. Jusqu’au jour où, sur le point de tomber sous ce fardeau, elle se redresse de toute sa stature et décide de l’habiter complètement et de transformer cette masse en fierté, en instrument de revendication de son identité et de l’arborer fièrement : Sí, soy Negra, Negra soy!

Le mot espagnol Negra se traduit littéralement par Noire. Mais il m’a paru que dans le contexte, ce mot étant d’abord envoyé comme une gifle, le terme qui convenait était Négresse. J’avais aussi à l’esprit la mise en voix, et en français, Négresse a beaucoup plus de rythme que Noire. Victoria Santa Cruz dit d’ailleurs dans son poème : « Comme ce mot est beau/Comme il a du rythme ». D’autre part, je goûte particulièrement l’irrévérence des réappropriations en forme de retour à l’envoyeur. Enfin, il y a évidemment une référence et un clin d’œil au mouvement de la Négritude. [Même si d’année en année, je me sens personnellement plus proche de la créolisation au sens d’Edouard Glissant, mais la Négritude est un premier pas qui a permis l’avènement de l’idée de la créolisation].

Au vu du rayonnement de ce poème au Pérou, mais aussi dans de nombreux pays latino-américains, notamment au sein des afro-descendants, j’ai été extrêmement touchée et honorée de le traduire et de le mettre en voix pour rendre hommage à Victoria Santa Cruz. D’autant plus que ce texte tresse un lien étroit avec mon projet Capillotractée. La mise en voix a donné lieu à une performance live à Bordeaux en novembre dernier, aux côtés de Cesar-Octavio Santa Cruz et Liz Barthel, mais aussi à cette vidéo, aux côtés des mêmes complices :

Toujours dans le cadre de ce 10 mai, j’ai eu un petit pincement au cœur hier soir, à l’heure à laquelle j’aurais dû être sur la scène de la Halle des Douves, avec mes complices Virginie Biraud, Aurélie Doignon et Linda Bentalha de la Cie Tchaka, pour présenter Triptyque, dernière création de la compagnie (projet porté par le KLAC), dans le cadre de la Semaine de la Mémoire. En raison de la crise sanitaire que nous traversons actuellement, cette dernière a été reportée à novembre et sera jumelée avec la Quinzaine de l’Égalité.
Triptyque mêle les voix et les voies de quatre femmes, en croisant trois créations réunies en un spectacle. Triptyque s’ouvre avec Mes Tissages, ma création solo, mise en voix, espace et mouvement de textes extraits de mon recueil Métisse. Et alors ?
Dans le cadre de cette journée du 10 mai, journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, à l’invitation de la Mission Égalité de la Mairie de Bordeaux et du KLAC, mon poème Stèles de ma créolité, extrait de Mes Tissages, est actuellement diffusé sur la page Facebook de la Mission Égalité, aux côtés d’autres interventions. C’est un poème écrit il y a trois ans, lors d’un atelier d’écriture organisé dans le cadre de la Semaine de la Mémoire. Il a juste changé de titre entre-temps. En voici la vidéo (la photo d’illustration est celle d’une statue d’Egun-gun près de la Porte du Non-Retour à Ouidah, au Bénin) :



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