« Le rire des étoiles » de Monique Mérabet

Le 30 août 2018

Le rire des étoiles – tanka-prose
Monique Mérabet
Les Editions du tanka francophone, 2018

Ce n’est pas la première fois que Monique Mérabet tisse sa poésie autour de la thématique de la mort. Elle l’avait déjà fait, en 2010, à travers 22 chants mêlant humour et émotion, réunis sous le titre Mésattente. Dans cet ouvrage-là, elle partageait avec nous le chemin qu’elle avait elle-même parcouru pour finalement faire face à son propre grand départ en toute sérénité.

Mais c’est une chose d’envisager la fin de sa propre vie, et c’en est toute une autre de parvenir à survivre à la disparition d’êtres proches. D’autant plus s’il s’agit d’un petit prince, fauché alors qu’il était sur le point de devenir un homme, rose pleine de promesses. Comment ne pas succomber, accablée par le désordre des choses ?

Nous le savons nous, écrivains, poètes, à quel point l’écriture, la poésie, peuvent être apaisantes, consolatrices et guérisseuses. Nous nous abandonnons souvent à ses bras quand tout nous paraît injuste, vain et insurmontable.

Monique Mérabet écrit tous les jours, comme son blog en témoigne : haïku, haïbun, pantoun, conte, tanka, tanka-prose. C’est ce dernier genre qu’elle a choisi pour traverser, jour après jour, mois après mois, cette déchirure qui ne se refermera jamais tout à fait, mais dont la brûlure s’estompera lentement.

J’ai étiré aussi longtemps que possible la lecture de ce rire des étoiles,  et c’est une expérience qui m’a bouleversée, profondément. C’est un chemin presque initiatique qui parcourt ces pages. A travers les souvenirs, le deuil, le silence, la contemplation, la méditation, c’est une voie mystique vers la vie que nous offre l’auteur. La nature et les saisons se mêlent aux mots pour chanter leur « appel de la vie à la vie » (pour reprendre les mots de Khalil Gibran dans Le Prophète). Et la poésie de Monique Mérabet est délicate, frêle, douce, nourrissante. Cinquante tanka-prose aussi brefs qu’éternels, comme l’essence d’un haïku, comme la quintessence de la vie. Apprendre, jour après jour, à cultiver la joie de la brièveté qui recèle l’intensité de l’éternité. Malgré les ombres, garder le regard tourné vers la lumière. Rire aux étoiles, en choeur avec tous nos petits princes, dans le ciel que nous cultivons pour eux.

Extraits :

Tant qu’il y aura un lundi pour commencer une nouvelle semaine, tant qu’il y aura un souffle à mes lèvres et un stylo entre mes doigts, la vie sera là … inexpugnable, tant que durera le soleil.

(…)

Visage souffrant
où est donc passée la lune
nuages de nuit ?
Même si je ne te vois
tu habites au creux de moi

(…)

Longtemps … si longtemps
la plume a tourbillonné
restée nez en l’air
au bord du trottoir j’attends
qu’elle retombe à mes pieds

 ***

La lecture du rire des étoiles m’a souvent inspirée. Je partage avec vous deux des poèmes brefs que ce livre a soufflé à ma plume :

L’ombre en dentelle du feuillage
pare le mur d’un moucharabieh
Treillage pour mes pensées-volubilis

Ton être en filigrane
Faufiler mes lianes
dans tes vides ou tes pleins ?

Relique au creux de ma paume
le minuscule insecte recroquevillé
dans la lumière du point du jour
Combien de souffles aspirés
par le chant de la lune ?

Patricia Houéfa Grange
Tous droits réservés



8 grains de pollen to “« Le rire des étoiles » de Monique Mérabet”

  1. Oui Patricia (chère papillonne) : la poésie de Monique est « délicate et nourrissante »… Nous en avons d’autant plus besoin en cette rentrée où quelques étoiles se sont effacées. Bon courage à tout le monde dans cet hémisphère et l’autre, d’un ciel à l’autre !
    isabel Asunsolo

  2. Claire Lise dit :

    Je vais acheter ce recueil, j’aime beaucoup l’écriture de Monique et ce thème m’intéresse particulièrement. Merci Patricia de nous faire découvrir cet ouvrage dans ta note de lecture et pour les poèmes très touchants que cette lecture t’a inspirés.

  3. Françoise Kerisel dit :

    C’est à une conscience cosmique qu’éveille Le rire des étoiles. Il nous invite à avoir des égards envers tout.
    Car, dit à Simon sa princesse grenouille venue du conte russe, tout au monde mérite
    respect, attention et tendresse.

  4. Merci Patricia de tes papillons de mots que tu mêle aux miens. Merci pour cette correspondance entre nos mondes poétiques.
    Et merci pour avoir permis ces paroles de lectrices. Que seraient nos poèmes sans la grâce d’être lus?
    Merci pour toutes ces amitiés.

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