Spada de Bogdan Teodorescu

Le 11 août 2017

Spada
Bogdan Teodorescu (Roumanie)
Collection Agullo Noir
Agullo Editions, 2016

Ca commence comme un polar. Dans Bucarest, on retrouve, les uns après les autres, des cadavres de délinquants roms, tous assassinés suivant le même modus operandi. Il semblerait bien qu’un tueur en série soit à l »oeuvre.

Mais si vous pensez, à la lecture des tout premiers chapitres, que vous allez suivre une enquête policière, détrompez-vous ! Ces meurtres ne sont qu’un prétexte dont se sert Bogdan Teodorescu pour vous entraîner dans les arcanes peu reluisants des jeux de la politique et du pouvoir en Roumanie.

Vous passez du gouvernement aux media, des media à la police, de la police au gouvernement, etc. Complots, manipulations, corruption. Les personnes impliquées dans les rouages complexes de ce roman de politique-fiction se multiplient à en perdre la tête, et leurs interrelations donnent le vertige …

Au sommet de l’Etat, c’est la valse perpétuelle ou le jeu des chaises musicales, et plus bas, le peuple ne peut que se résigner devant l’immobilité du pays. Il faut une certaine dose d’humour, ou plutôt de cynisme pour parvenir à supporter tout cela et prendre de la hauteur pour l’observer. C’est exactement ce que fait Bogdan Teodorescu avec son style aussi effilé et mordant que l’arme de ces meurtres en série : Spada.

Alors, prêt-e-s à plonger dans ce panier de crabes ?

Depuis trois jours, tout le monde est brouillé avec tout le monde. Le Président accuse le Premier ministre, divers défenseurs des droits de l’homme accusent le ministre de l’Intérieur, le ministre de l’Intérieur accuse les médias, les médias accusent le pouvoir. (…) la nuit tombe, puis les ténèbres arrivent et avec les premières lueurs de l’aube, le bruit et la fureur reprennent dans une population étonnée et indifférente, attentive aux détails mais se désintéressant du tout, inquiète pour le lendemain, dégoûtée d’hier et lasse d’aujourd’hui.


Agullo est une jeune maison d’édition bordelaise qui ne publie que des livres en traduction dans sa vision d’abolition des frontières.

« Nos livres s’inscrivent dans un monde où la curiosité et l’appétence de l’autre sont les meilleurs remèdes contre la peur et l’ignorance ; où un grain de fantaisie, un point de vue décalé et une dose d’humour sont les ingrédients nécessaires à une bonne lecture. »

Les livres de la maison Agullo sont aussi des objets à l’identité visuelle très forte. On aime ou on n’aime pas, mais en tout cas, on ne peut les confondre avec aucun autre ! Il y a d’abord ces couvertures très colorées, basées sur le concept de photogramme. Mais ce que je préfère, c’est le bandeau qui fait réellement partie intégrante de l’ouvrage, qui le complète, ou plutôt le prolonge. Il comporte, entres autres, un planisphère permettant de situer le pays d’origine de l’oeuvre ; et dans le cas de Spada, un poème de George Bacovia ainsi que des références biographiques concernant ce dernier. Pour en savoir plus, je vous invite à parcourir le catalogue.



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