Génération 2.0

Le 9 août 2014

affiche_festival_sahel_2014Je suis rentrée tout à l’heure d’une belle fin de journée passée à la Gare cycliste de Saint Médard en Jalles où j’ai participé à une table ronde organisée par l’Agence de Médiation culturelle des pays du Sahel dans le cadre de son 13ème Festival des Pays du Sahel. Il s’agissait de faire connaissance avec les enfants des diasporas africaines, la génération 2.0

J’étais invitée en tant que métisse, née au Bénin de parents tous deux métis, et vivant en France depuis plus de 15 ans, et en tant qu’auteure de :

mtisse et alors - premire de couverture

A la fin du débat et des échanges, j’ai eu envie de lire Nid d’ici, Née ailleurs, extrait de mon ouvrage Métisse. Et alors ? ci-dessus, au public. Parce qu’il me semblait qu’il abordait et résumait un peu tout ce qui avait été dit. Mais aussi et surtout parce qu’il synthétise tout ce que moi, j’avais envie de dire sur la question. Merci encore au public pour l’accueil réservé à ce poème et à mon recueil.

Mais j’aurais aussi pu lire ce poème, découvert sur Internet il y a quelques jours :

Il faut pouvoir partir
et malgré ça être comme un arbre :
comme si la racine restait dans le sol,
comme si le paysage passait et que nous demeurions fermes.
Il faut retenir la respiration
jusqu’à ce que le vent se relâche
et l’air inconnu commence à nous envelopper,
jusqu’à ce que le jeu d’ombre et de lumière,
du vert et du bleu,
nous enseigne les vieux dessins
et soyons chez nous
où que ce soit
et puissions nous asseoir et nous appuyer
comme sur la tombe
de notre mère.

Hilde Domin



2 grains de pollen to “Génération 2.0”

  1. Monique dit :

    En te lisant et en lisant ce poème de Hilde Domin, je me rends compte qu’il y a plusieurs façons d’être métisse: la mienne est d’avoir des racines solidement agrippées à mon île réunionnaise, métisse par son peuplement; la vôtre entraîne un déracinement, un écartèlement entre l’ici et l’ailleurs. Chez moi, ici et ailleurs se sont fondus en une nouvelle essence, la créolité qui est mon chez-moi, mon pays, où que j’aille dans le monde, je sais d’où je suis.

    • Mariposa dit :

      C’est drôle parce que je ne me sens ni déracinée, ni écartelée. C’est ce que j’ai dit pendant la table ronde hier. Je vis loin de là où je suis née, je peux avoir de la nostalgie, mais je ne me sens pas tiraillée. Je ressens les choses comme toi, l’ici et l’ailleurs fondus en moi. Mais en constante mutation. Pour moi l’identité n’est pas figée, elle est fluctuante et évolue tout au long de la vie, au gré des rencontres et des voyages.
      J’ai aussi parlé de ces thèmes lors d’un entretien vidéo il y a quelques jours et justement, à la fin de cet entretien, mon interlocuteur et moi, nous étions arrivés à la conclusion que si je devais absolument trouver un mot pour me définir, ce serait celui de « créole » 🙂
      Quant au poème d’Hilde Domin, il me semble qu’il dit peu ou prou la même chose. La racine reste ancrée dans son sol, son identité, son chez-elle, celui qu’elle a choisi, mais l’arbre laisse défiler les paysages autour de lui. Il se laisse pénétrer par l’air inconnu qui finit par l’habiter aussi. De telle façon qu’il se sent chez lui partout dans le monde. Elle dit « et soyons chez nous où que ce soit. » Je le rapproche de la vision de la créolité et du Tout-Monde d’Edouard Glissant :
      « Mais ils sont, ceux-là qui naviguent ainsi entre deux impossibles, véritablement le sel de la diversité. Il n’est pas besoin d’intégration, pas plus que de ségrégation, pour vivre ensemble dans le monde et manger tous les mangers du monde dans un pays. Et pour continuer pourtant d’être en relation d’obscurité avec le pays d’où tu viens. L’écartèlement, l’impossible, c’est vous même qui le faites, qui le créez.
      Aussi bien, plutôt que de vous déchirer entre ces impossibles (l’être aliéné, l’être libéré, l’être ceci l’être cela), convoquez les paysages, mélangez-les, et si vous n’avez pas la possibilité des avions, des voitures, des trains, des bateaux, ces pauvres moyens des riches et des pourvus, imaginez-les, ces paysages, qui se fondent en plusieurs nouveaux recommencés passages de terres et d’eaux. Ce train qui trace dans la banlieue de Lyon, poussez-le à un autre impossible mais bien plus ardent, la bousculade entre les hauts et les fonds de tant d’environs et de lointains. »
      Extrait du Tout-Monde d’Edouard Glissant.

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