Vin Désam’ Fèt Kaf

Le 20 décembre 2012

Statue commémorant l’abolition de l’esclavage
à la Maison des Esclaves sur l’Ile de Gorée – Sénégal
Source de l’image

Le 20 décembre 1848, l’esclavage a été aboli sur l’Ile de La Réunion dans l’Océan Indien. Cette date du vin désam’ est désormais la date à laquelle, chaque année, les Réunionnais célèbre la Fèt Kaf (Fête Cafre) à savoir l’abolition de l’esclavage.

A cette occasion, Thomas Dubourg de l’association Tikaf et moi, nous nous sommes associés pour rendre hommage à nos ancêtres. De mon côté, à ceux qui sont partis du Golfe de Guinée en Afrique, en passant par les portes invisibles du non retour. De son côté, à ceux qui sont arrivés sur l’Ile Bourbon aujourd’hui Ile de La Réunion, leur île du non retour.

J’ai écrit un poème spécialement pour cette journée. Thomas en a fait cette très belle vidéo :

Merci beaucoup à toi, Thomas, de m’avoir proposé ce joli projet !

Voici le texte du poème :

A Aimé Césaire
« Et elle est debout la négraille (…)
debout
et
libre »
Extrait du Cahier d’un retour au pays natal

A Toussaint Louverture
« En me renversant, on n’a abattu à Saint-Domingue que le tronc de l’arbre de la liberté, mais il repoussera car ses racines sont profondes et nombreuses »

A Alex Haley, auteur de RootsRacines »)

 

Chant-Cri

Un long cri fend ma mémoire
Le cri poignant de mes racines profondes et nombreuses

Déchirement des pleurs d’un nourrisson
Que l’on arrache à sa mère
Frissons sanglants de la peau
Sous le baiser du fer chaud
Hurlement muet de l’être abruti
Cassé perdu désorienté dans la nuit
Sanglots sourds sans larmes
D’un corps encore innocent
Violenté forcé brutalisé violé
Raclement des ongles qui s’éventrent à fond de cale
A fleur de vomissures, de cadavres, d’excréments
Blessures du coton, de la canne, du soleil, du fouet
Qui lacèrent les mains, le dos, le cœur, la dignité
Grincement des chaînes qui entravent
Jusqu’au moindre souffle d’humanité …

Un long cri s’étouffe au fond des océans
Porté silencieux par les mânes des ancêtres
En offrande sur l’autel des dieux vaudous
Un long cri fait chavirer la barque de mon âme …

Un long cri s’élève sur les flots libres
Porté chantant par l’écume des océans
En trophée aux enfants d’un monde sang-mêlé
Un long cri danse dans les veines de mon âme …

Cri de révolte de Cimendef, Bookman et Toussaint
Guidant marrons et insurgés à travers plaines, bois et Hauts
Redressant le tronc de l’arbre de la liberté
C’est un negro spiritual, c’est un gospel, c’est un blues
Qui met sur ma langue les saveurs-réconfort de la soulfood
Ce sont les échos des tam-tams de Bwa Kayiman
Qui battent en maloya, gwo ka et mérengué
Ce sont les chœurs d’allégresse de 1848
Qui résonnent en séga, calinda et bèlè
C’est l’étreignante mélopée des âmes envolées
Sur les côtes du Golfe de Guinée, de Zanzibar, de Gorée
Qui vient doucement ensevelir les chaînes brisées
Qui vient tendrement embrasser Kafs, Nèg marrons, Chabins et Békés.

Un long cri apaise mon esprit
Celui des Hommes, debout, ensemble et libres !

***

J’en profite pour vous rappeler l’existence de ce très bel ouvrage poétique de Monique Mérabet : « L’île du non-retour » aux Editions Surya. Je vous en avais parlé .

Je voudrais aussi vous parler de la très belle série BD, très bien conçue et très bien documentée de François Bourgeon : « Les passagers du vent ». La série complète est sur mes étagères et je m’y replonge régulièrement. Elle comprend 2 cycles distribués sur 5 tomes + 1 tome en 2 Livres.

Au cours de cette histoire, Isa, l’héroïne principale, se retrouve sur un négrier et découvre toute l’horreur du commerce triangulaire. Elle passe notamment par le comptoir de Juda au Dahomey (Ouidah dans l’actuel Bénin), à savoir ma ville préférée dans mon petit pays d’origine (classée au patrimoine mondial de l’Unesco avec sa Route de l’Esclave entre autres). Même si tout ceci se déroule au 18ème siècle, j’ai reconnu tous les lieux, que j’ai souvent visités, de Ouidah à Abomey. François Bourgeon est un véritable historien de la BD. Il dessine et relate tout avec une précision d’orfèvre. Tout y est juste, notamment les noms propres et les dialogues en langue fon (Tome 3 Le comptoir de Juda ; Tome 4 L’heure du serpent ; Tome 5 Le bois d’ébène).

Il ne s’est pas ménagé non plus dans les 2 Livres qui constituent le 6ème et dernier tome de cette série, La petite-fille Bois-Caïman. Dans ces albums, il nous fait notamment revivre la cérémonie et le serment de Bois-Caïman en créole ! Il y a aussi des passages en cajun.

Bref, l’histoire est belle. Triste, mais belle. On ne s’y ennuie jamais. Le trait de Bourgeon est superbe. Et de plus, ces 7 albums sont de véritables documents historiques sur l’esclavage, mais pas que. Je vous conseille donc vivement cette série.

Continuons à lutter contre toutes les formes d’esclavage. Bonne fèt kaf à tous !



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  1. […] Vous vous en rappelez ? L’année dernière, j’avais collaboré avec Thomas Dubourg de l’association Tikaf à l’occasion de la célébration de la Fèt Kaf du Vin Désam. […]

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