La poésie du silence

Le 5 juin 2012

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A Sébastien et Sylvanie, merci à vous pour tout ce que vous m’apprenez et me donnez, je vous aime !

Lorsque j’étais enfant, alors que je devais avoir autour de dix ans, j’ai lu, je ne sais plus dans quel ouvrage, l’histoire d’Helen Keller, aveugle et sourde, qui m’avait tout à la fois frappée et fascinée. Je me souviens du moment particulier où Helen sort de son isolement en découvrant que l’eau s’appelle « e-a-u », lettres tracées par Ann Sullivan sur la paume de sa main !

Puis, je me rappelle avoir toujours été intriguée et à nouveau fascinée chaque fois que je voyais des gens discuter en langue des signes, en faisant danser leurs mains dans le silence …

Mais, comme la plupart des gens je pense, cette fascination ne m’a pas menée plus loin, je n’ai pas cherché à en savoir plus sur le langage signé ni sur la culture sourde.

Il aura fallu que je rejoigne l’équipe d’Esprit Métis et que je rencontre Sébastien Lamigou-Gratiaa pour que les choses changent …

Avant de rencontrer Sébastien, j’avais lu le 1er numéro du magazine Esprit Métis et son témoignage très émouvant, « Vivre dans le silence » publié dans la rubrique « Un esprit plus ouvert ». (Ce numéro a été publié en 2007 et depuis, Sébastien a fini ses études et il a également commencé à apprendre la langue des signes). Sébastien a été le premier membre de l’association que j’ai rencontré et depuis, il est devenu un ami.

Pour moi, Sébastien n’est ni sourd, ni malentendant ; je veux dire que ce n’est pas ce qui le définit en premier pour moi. Pour moi, Sébastien c’est Sébastien, un copain souriant qui aime les bons repas, faire la fête, voyager et qui a réalisé plusieurs des clips et vidéos de mes poèmes. Mais il n’empêche qu’au fur et à mesure que notre amitié s’est tissée, il m’a sensibilisée, consciemment ou inconsciemment, volontairement ou empiriquement à la place des sourds et à la culture sourde dans notre société.

Je me suis rendue compte qu’il y avait (encore) beaucoup de préjugés sur les sourds et malentendants et que malheureusement, ils étaient assez oubliés, notamment concernant la vie culturelle. Pour nous c’est si simple d’aller voir un spectacle, d’assister à une conférence, à un débat, d’aller voir un film ou même tout simplement de regarder les informations à la télévision ou d’aller au restaurant avec un groupe d’amis et passer une soirée où tout le monde va parler en même temps dans une sorte de ruche qui bruisse constamment et un peu dans tous les sens. Quid des sourds ? Vous êtes-vous déjà posé la question ?

Mais je me suis aussi rendue compte de l’extrême richesse de la culture sourde, notamment à travers la langue des signes. Et ça, ce fut surtout grâce à Sylvanie Tendron, amie et complice, qui m’a été présentée par Sébastien, et qui transforme mes poèmes en oeuvres visuelles :


Et alors par Mariposavideos

La langue des signes est un médium poétique extraordinaire, il ajoute de la vie et du sens aux mots. Il transcende ces derniers et va au-delà d’eux.

A force de travailler avec Sylvanie à l’adaptation en LSF de certains de mes poèmes, j’ai eu envie d’aller plus loin. (D’autant plus que j’aime particulièrement la façon dont Sylvanie interprète mes poèmes, avec ses mains, oui, mais aussi avec les expressions de son visage et avec l’ensemble de son corps). J’ai commencé à faire des recherches et je me suis rendue compte que si Sylvanie et moi faisons de la poésie interprétée en langue des signes, la poésie signée existe et constitue une discipline artistique à part entière.

L’une des meilleures définitions que j’ai trouvée pour expliquer ce qu’est la poésie signée est celle-ci.

Et en voici quelques exemples :

Je trouve ça superbe, très émouvant et terriblement poétique. J’ai bien l’intention de me pencher sur la question dans les mois et les années à venir, avec Sylvanie à mes côtés, et je vais essayer d’apprendre la langue des signes pour mieux la sentir et la ressentir. Ceci afin d’explorer et d’exploiter tout le potentiel poétique de ce si joli langage visuel.

Je vous signale à ce propos l’existence du Festival Sign’o à Toulouse, qui propose une rencontre des arts en langue des signes. Il s’agit d’un festival tout public et qui permet donc la rencontre entre entendants, sourds et malentendants. Je trouve l’idée très belle ! L’édition 2012 vient tout juste d’avoir lieu. Mais vous pouvez en prendre note pour la prochaine édition en 2014 ?

Enfin je ne peux vous laisser sans vous avoir parlé de cette très belle réalisation :

« Le Silence Est D’Or est la première chanson qui traite du thème de la surdité, de la Langue des Signes et dans un sens plus large, de la relation de chaque être humain vis à vis de nos différences.
Le but de cette chanson au-delà des émotions qu’elle peut transmettre, est de toucher le public sur la culture sourde, tout en mélangeant les genres et les médias.C’est pour cela que l’idée du clip en LSF, sous-titré, est apparu comme une évidence à l’APECAL qui produit ce « CD / CLIP OVNI », sous le label COMPOSIT- MUSIC.Il est réalisé par Sébastien Lamigou-Gratiaa, et interprété par des comédiens sourds, malentendants, et entendants.LE SILENCE EST D’OR est la première chanson d’un futur spectacle MUSICAL en LSF, (LE SON DE NOS MAINS ) mais ça c’est une autre histoire… »

Le clip de Sébastien est très réussi. En voici deux aperçus :


LE SILENCE EST D’OR – Bande Annonce par Lesilenceestdor2012


Teaser LSF – LE SILENCE EST D’OR par Lesilenceestdor2012

Pour acheter le CD son et clip c’est par ici. Et voici la page Facebook.



4 grains de pollen to “La poésie du silence”

  1. Stéphan dit :

    Bonjour,
    Bravo pour votre texte que je trouve très beau et très juste.
    Traduire des poèmes du français vers la lsf est effectivement un exercice périlleux car il faut parvenir tout en restant fidèle au sens à trouver des images non plus sonores mais visuelles.
    En tant qu’interprète en langue des signes française c’est un travail que je redoute et qui demande de longues heures de préparation.
    Durant le Festival « Voies vives de Méditerranée en Méditerranée » à Montpellier, certains de mes collègues s’y étaient essayés.
    http://interpretelsf.wordpress.com/2011/10/17/traduire-des-poemes/

    Stéphan

    • Mariposa dit :

      Merci Stéphan pour ce commentaire.
      Tout exercice de traduction est périlleux ! Je suis moi-même traductrice « classique » de l’anglais et de l’espagnol vers le français et je connais bien le problème donc.
      Mais la raison pour laquelle je collabore avec Sylvanie, c’est justement parce qu’elle n’essaye pas de traduire. Elle interprète, elle donne sa propre vision et son propre ressenti de mes poèmes. Evidemment, cela fait l’objet d’une longue préparation et de longues et belles discussions entre elle et moi. Mais comme il y a une relation très particulière qui s’est créée entre nous, je suis toujours ou au moins à 95% d’accord avec la façon dont elle envisage de transmettre mes mots. Je pense que c’est très important dans ce cas précis que poète et interprète LSF se connaissent bien ou aient au moins passé beaucoup de temps à travailler ensemble sur le texte à transmettre. C’est un travail long mais d’une richesse sublime. J’ai souvent redécouvert mes mots à travers les interprétations de Sylvanie. Mon texte plus la danse de ses mains créent une troisième oeuvre, un troisième espace.
      Et bravo à vous Stéphan pour votre travail et votre blog que j’avais découvert en faisant des recherches sur la poésie signée, c’est grâce à vous que j’avais « rencontré » le travail de Levent Beskardès ! Merci !

  2. tseline dit :

    Super article, bravo!

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