Réflexions poétiques sur l’Enfance – Poème 1 sur 2

Le 27 février 2012

Enfant écrivant, Henriette Brown
V&A Museum de Londres

« L’intitulé du 14e Printemps des Poètes voudrait inviter à considérer quelle parole les poètes tiennent sur les commencements, apprentissage du monde entre blessures et émerveillements, appétit de vivre et affrontement à la « réalité rugueuse », comment leur écriture aussi garde mémoire du rapport premier, libre et créatif, à la langue. »
Extrait de l’Edito du Printemps des Poètes 2012 ayant pour thème « Enfances », rédigé par Jean-Pierre Siméon.

Le Printemps des Poètes ne commence que dans une semaine, mais j’ai décidé de répondre à l’invitation de cette manifestation et d’écrire quelques poèmes de réflexion sur ce thème que j’offrirai en lecture lors des semaines à venir. J’en ai écrit deux aujourd’hui articulés autour de la relation entre l’enfance et les mots. La relation entre l’enfant (étymologie latine infans = qui ne parle pas) et les mots. Des poèmes qui parlent de l’enfance comme d’un pays de notre mémoire première. Je pense que tout ce que nous sommes et tout ce que nous devenons s’est décidé alors que nous étions dans notre prime enfance et que nous ne parlions pas encore.
De façon métaphorique, à notre venue au monde, nous sommes brusquement arrachés à notre mer maternelle, à l’océan de nos rêves intimes et nous sommes forcés à inspirer l’air qui nous entoure et est saturé de la « corruption » de la société, ce qui nous fait pousser notre premier cri. Les années passant, la société nous oblige à emprunter certains chemins, à entrer dans certains moules et nous oublions souvent petit à petit celui/celle que nous étions destiné/e à être pour devenir celui/celle qu’on attend de nous voir devenir. Mes poèmes sont une invitation à faire un voyage dans le temps pour retrouver nos mots et nos désirs premiers. Je vous en livre un aujourd’hui …

Appel à l’infans

J’étais prisonnière de l’ordre et de la bienséance
Entravée par les codes auxquels j’avais fait allégeance
Bâillonnée par mes souhaits d’appartenance

Alors j’ai trempé ma plume à l’encre de l’enfance

Et celui qui ne parle pas a ébranlé ma nonchalance
Il a dénoué les liens de mes sombres mésalliances
Il a ouvert ma bouche sur des mots de clairvoyance

J’ai trempé ma plume à l’encre de l’enfance

J’avais perdu le fil et les pas de la danse
J’avais perdu le rythme et l’esprit de la transe
Je m’étais perdue dans des labyrinthes d’errance

Alors j’ai trempé ma plume à l’encre de l’enfance

Et celui qui ne parle pas a fait murmuré le silence
Il a fait taire les cris de la violence
Il a délié mes doigts sur des mots de délivrance

J’ai trempé ma plume à l’encre de l’enfance.

Mariposa, à Bordeaux le 27 février 2012 à 14h40



3 grains de pollen to “Réflexions poétiques sur l’Enfance – Poème 1 sur 2”

  1. Claire-Lise dit :

    Je t’envie car j’ai du mal à tremper ma plume à l’encre de l’enfance.

    Je dois être bâillonnée de toutes parts.

    Ton poème donne pourtant furieusement envie de faire ce voyage pour retrouver ce qui nourrissait l’enfant en nous, celui qui ne parlait pas.

    • Mariposa dit :

      L’enfance est un thème qui est ancré en moi. Quelque part j’habite le pays de l’enfance.
      Si ce thème ne t’est pas naturel, je pense qu’il ne faut pas se forcer. Si l’enfant au fond de toi a quelque chose à te dire, cela viendra au moment où tu t’y attends le moins.

  2. […] février, j’avais publié un premier poème né de mes réflexions poétiques sur l’enfance, thème proposé par le Printemps des Poètes […]

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