« Dans les forêts de Sibérie », un livre-utérus

Le 7 janvier 2012


J’ai achevé la lecture de cet ouvrage hier matin et le refermer a été comme une blessure, une séparation douloureuse, avec l’envie d’y retourner dans l’immédiat, de le relire encore et encore jusqu’à ce que chacune de ses lignes, chacun de ses mots se soient imprimés dans l’essence de mon âme.

Sa lecture m’a accompagnée pendant les deux dernières semaines et cela tombait bien car j’étais en congés pendant la première semaine de lecture. Un temps qui convient bien, je crois, à l’immersion dans cet ouvrage. Je disposais alors de l’intégralité du temps qui se déroulait devant moi au début d’une journée, un peu comme Sylvain Tesson dans sa cabane au bord du Baïkal …

Avant de poursuivre, je voulais préciser une chose : tout le monde le sait désormais, « Dans les forêts de Sibérie » a reçu le prix Médicis de l’Essai 2011. Mais ce n’est pas pour cette raison que j’ai choisi de l’emprunter à la bibliothèque de mon village. C’est parce qu’il y a quelques mois, j’ai vu cet intéressant documentaire tourné par Sylvain Tesson lui-même au cours de sa retraite de l’hiver 2010, et diffusé sur France 5 début septembre 2011 : « 6 mois de cabane au Baïkal ». J’en suis restée à la fois perplexe et fascinée. Alors lorsque l’ouvrage est sorti en librairie, je savais que j’allais le lire. Et maintenant que je l’ai lu, je sais que je vais l’acheter et le conserver sur mes étagères car il fait partie de ces ouvrages qui constituent ma « bible » personnelle.

Je ne peux pas sélectionner des passages à partager avec vous ici. Il y en a trop. Il faudrait que je remette ici au moins la moitié du texte de l’ouvrage, tellement j’ai ressenti d’échos en le lisant.

Je voudrais juste dire, en reprenant la métaphore de Sylvain Tesson lorsqu’il parle de sa cabane au bord du Baïkal que ce livre est un utérus, un ventre maternel bienveillant et protecteur. Et c’est aussi, en quelque sorte ce que fut l’expérience de Sylvain Tesson. Se retirer du monde et faire un voyage immobile dans le silence, la lecture, l’écriture, la méditation et la contemplation. Une retraite. Loin des bruits, non pas du monde, mais de la société. Et à l’écoute des bruits du monde, de la Nature, des arbres, du ciel, des eaux et des animaux. Mais aussi de ses propres bruits intimes, intérieurs.

Voilà pourquoi j’ai particulièrement apprécié d’entamer la lecture de ce livre pendant mes congés de Noël car pendant ces jours bénis, j’avais moi aussi décidé de me « retirer » un tout petit peu. Je ne suis sortie de ma maison à la campagne que deux fois. Je n’ai véritablement rien planifié et j’ai laissé venir ce qui venait, suivant l’envie ou l’inspiration. Pour être plus claire, habituellement, pendant mes congés, je programme maintes choses, notamment en ce qui concerne mes activités poétiques, car il m’est difficile de m’y consacrer en temps normal avec une activité alimentaire à temps plein. Et bien cette fois-ci, j’ai beaucoup lu, écrit un peu, repris un peu le dessin pour m’échauffer les doigts, cuisiné beaucoup en testant ou en inventant de nouvelles recettes, passé beaucoup de temps à rêver dans mon canapé avec mon chat ronronnant sur mes genoux, à regarder mon mûrier perdre (enfin) petit à petit ses feuilles, mes dernières plantations d’hiver sortir de terre peu à peu, écouter l’eau frémir dans ma bouilloire puis la faire chanter, les feuilles de thé se déplisser et s’épanouir dans l’eau chaude …

Voilà, j’étais d’une certaine façon en osmose avec le récit de Sylvain Tesson sauf que j’étais tout de même dans des conditions plus confortables que lui. Mais la lecture de ce livre m’a aussi révélé que tout en ne reniant pas totalement un certain niveau de confort et de modernité, j’étais prête moi aussi à me retirer encore plus du monde et à retrouver un utérus, un ventre maternel bienveillant, encore plus à l’abri de la société que ne l’est mon nid actuel. Quand ? je ne sais pas, ce ne sera pas demain. Mais le jour viendra, j’en suis certaine.

Certains critiqueront le caractère naïf, inconscient et enfantin de ce désir. Peut-être. J’assume et je revendique même. Ce n’est pas le seul côté de ma personnalité qui me rattache à l’enfance. Beaucoup de gens disent qu’on devient adulte lorsqu’on devient soi-même parent, responsable d’une ou plusieurs vies humaines. Je l’ai aussi longtemps pensé. Aujourd’hui, je crois plutôt que l’on devient adulte lorsque l’on cesse de ne vivre que dans le présent. Lorsqu’on commence à s’encombrer du poids du passé avec la nostalgie et du poids de l’avenir en le préparant et en faisant moult projets qui nous noient de déception si nous ne les réalisons pas. Etre enfant, c’est, comme les animaux, n’être conscient que de l’intensité du moment présent et le vivre pleinement, sans penser à autre chose.

Et cette retraite de Sylvain Tesson pendant six mois sur les bords du Baïkal, c’était aussi ça, retrouver la plénitude du moment présent. Si vous aussi, vous aspirez à cette quête, alors cet ouvrage vous plaira très certainement.

« Et si la liberté consistait à posséder le temps ?
Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence. »



4 grains de pollen to “« Dans les forêts de Sibérie », un livre-utérus”

  1. Claire-Lise dit :

    Tu me donnes très envie de lire ce livre.
    Cette retraite loin des bruits qui agitent le monde me fait penser à l’art de la quiétude que cultivaient les poètes chinois.
    Etre dans le présent est très difficile dans notre monde où il faut toujours aller vite, être réactif, informé de tout. On est toujours dans l’avant ou dans l’après car le présent n’a pas le temps de prendre consistance.
    J’aimerais « posséder le temps » mais je ne sais pas comment y parvenir.

    • Mariposa dit :

      Et bien nous en sommes au même point Claire-Lise ! « Posséder le temps » est peut-être une quête vaine tant que justement on ne s’est pas éloigné de tout ce qui régit la vie et la société d’aujourd’hui. Pour « posséder le temps », il faut obligatoirement sortir du système.
      Et sinon, je pense que tu aimeras cet ouvrage. Tu me diras.

  2. […] Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson m’avait déjà plongée dans l’utérus chaleureux et cocon de ses mots. […]

  3. […] par l’ouvrage Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson. J’en avais parlé ici. Au début de la semaine dernière, j’ai été époustouflée par l’adaptation […]

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